«Nous ne savons pas encore d’où provient la première contamination» du coronavirus, a lâché le chef de la protection civile dans la presse lundi matin. «Il nous faut découvrir la cause primaire, ajoute Angelo Borrelli. Nous n’avons pas réussi à identifier le patient zéro», le contact italien avec la Chine d’où est partie la maladie ayant fait en Lombardie la première victime européenne, vendredi. L’Italie essaie donc encore de comprendre comment l’épidémie a pu se répandre si rapidement. En quatre jours seulement, la Péninsule est devenue le troisième pays le plus touché du monde, avec six victimes et plus de 200 personnes infectées par le virus.

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La piste est remontée lundi en Vénétie. Un agriculteur sexagénaire pourrait être le patient zéro tant recherché. Souffrant de fièvre élevée et de problèmes respiratoires, il a été hospitalisé dans la matinée dans un hôpital de Vicence et soumis à des examens. L’homme est originaire d’Albettone et, selon les premières informations, fréquentait les bars du village voisin de Vo’ Euganeo, l’une des 11 cités placées en quarantaine par les mesures du décret-loi annoncées dimanche par le premier ministre et où est décédée la première victime italienne du virus. Il s’était aussi rendu pour le travail à Codogno, l’autre épicentre confiné de l’épidémie, en Lombardie.

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Mystère

Mais lundi soir, la protection civile ne confirmait pas les liens entre les deux foyers. La contamination italienne reste donc un mystère. Pendant des jours, la Péninsule était certaine d’avoir trouvé le patient zéro. Il s’agissait d’un manager de Castiglione d’Adda, un village de la zone rouge lombarde, rentré de Chine en janvier. Il avait été repéré après un dîner avec un ami, le premier cas de coronavirus diagnostiqué en Italie.

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En fin de semaine dernière, le principal suspect a pourtant été écarté, à la surprise générale. La présence d’anticorps relatifs au virus n’a pas été vérifiée par les examens médicaux. Il n’a donc jamais contracté la maladie. Et comme le relataient les médias italiens lundi, personne parmi les dizaines de cas de contaminations ne s’est rendu en Chine récemment. Dès lors, comme reconstruire l’origine des foyers de l’épidémie, ce qui est essentiel pour apporter la réponse la plus adaptée dans l’espoir de contenir le virus?

Retrouver le premier autochtone infecté permettrait de «reconstituer plus facilement la propagation du virus» pour ainsi adapter au mieux la réponse, explique au Temps l’épidémiologiste Pier Luigi Lopalco, professeur à l’Université de Pise. Le patient zéro permettrait par ailleurs aux autorités de comprendre si elles se trouvent «face à un foyer épidémique localisé à une certaine zone géographique ou si ces cas sont le résultat d’une diffusion du virus beaucoup plus vaste dont on ne connaîtra l’extension que dans les prochains jours», ajoute-t-il.

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Une enquête difficile

Plus le temps passe, plus il devient difficile pour les enquêteurs des services sanitaires d’identifier ce patient zéro. «Il s’agit d’une véritable investigation, mais nous n’avons pas le nom du coupable, explique Pier Luigi Lopalco. C’est un travail méticuleux. Il faut interroger tous les patients contaminés pour chercher à comprendre ce qu’ils ont en commun: s’ils ont fréquenté les mêmes lieux, participé à un même événement sportif, par exemple. Il faut ensuite aller enquêter sur place pour voir ce qui s’est passé.»

Les autorités ont par ailleurs mis en place à Milan une équipe de médecins, de physiciens et de mathématiciens pour définir un algorithme afin de calculer la probabilité de chaque malade ou de chaque personne avec qui il est entré en contact d’être le patient zéro. «Il s’agit d’un modèle informatique inédit pour essayer d’interpréter le mode de transmission de la maladie», annonce Il corriere della sera.

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