Santé 

Les enfants particulièrement vulnérables à la pollution de l’air

A l’occasion de la première Conférence globale de l’OMS sur la pollution de l’air et la santé qui se tient jusqu’au 1er novembre à Genève, un rapport pointe les dangers accrus des polluants sur les plus jeunes

Chaque jour, dans le monde, plus de 90% des jeunes de moins de 15 ans respirent un air si pollué qu’il peut mettre leur santé en danger. Les experts de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), dont le nouveau rapport a été présenté ce lundi 29 octobre, tirent la sonnette d’alarme sur cet état des lieux pour le moins préoccupant.

D’après leurs estimations, près de 600 000 enfants sont morts, en 2016, des suites d’infections respiratoires basses – comme des bronchiolites, des bronchites aiguës ou des pneumonies – en lien avec la qualité de l’air. Un phénomène qui concerne tout particulièrement les pays à revenus bas ou intermédiaires, situés en Afrique, mais aussi en Asie, en Asie du Sud-Est et au Moyen-Orient. La concentration de polluants dans l’air ambiant et à l’intérieur des maisons a en effet tendance à être plus importante dans ces régions, notamment en raison de l’utilisation importante de combustibles très polluants (par exemple le kérosène) pour se chauffer, s’éclairer et cuisiner.

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Les effets de certains composés chimiques – comme le dioxyde de soufre, les oxydes d’azote ou le monoxyde de carbone – sur la santé infantile sont nombreux, comme le souligne Maria Neira, directrice du Département de santé publique, déterminants sociaux et environnementaux de la santé de l’OMS: «L’un des aspects les plus inquiétants concerne l’exposition aux polluants pouvant déjà se produire in utero. En effet, les femmes ayant été en contact avec un air fortement pollué durant leur grossesse ont davantage de probabilité de donner naissance prématurément, ou à des bébés plus petits ou avec un faible poids. Par ailleurs, un nombre toujours plus important de recherches démontrent que la pollution de l’air peut également avoir des conséquences négatives sur le développement neurologique et les facultés cognitives, de même qu’elle serait en mesure d’engendrer de possibles troubles du comportement, comme l’autisme et l’hyperactivité.»

Plus vulnérables

Et ce n’est pas tout: selon le document de l’OMS, les enfants étant en contact avec de fortes concentrations de polluants seraient aussi plus susceptibles de développer de l’asthme, certains cancers pédiatriques, ou encore de contracter des maladies chroniques à l’âge adulte, comme des affections cardiovasculaires ou l’obésité.

Les enfants respirent plus vite que les adultes, et davantage par la bouche, ce qui augmente la quantité de particules fines qui atteignent les bronches, et ce, à un moment où certains de leurs organes, comme le cerveau et les poumons, sont encore en développement.

Marie-Noël Bruné Drisse, experte de la pollution de l’air à l’OMS

Chaque année, on compte près de 7 millions de morts en lien avec la pollution de l’air, et parmi les victimes de cette «tueuse silencieuse», les plus jeunes s’avèrent particulièrement vulnérables.

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«Les enfants ont tendance, par leur petite taille, à être plus près du sol, là où les concentrations de polluants sont plus élevées, décrit Marie-Noël Bruné Drisse, experte de la pollution de l’air à l’OMS et coauteure du rapport. En outre, ils respirent également plus vite que les adultes, et davantage par la bouche, ce qui augmente la quantité de particules fines qui atteignent les bronches, et ce, à un moment où certains de leurs organes, comme le cerveau et les poumons, sont encore en développement.»

Mesures à prendre

Pour tenter de réduire les émissions de polluants dans l’air, l’OMS soutient un certain nombre de mesures, dont le développement des transports en commun, une meilleure gestion des déchets, mais aussi le passage à des sources d’énergies propres à l’intérieur des foyers. «En 2016, 41% de la population mondiale était exposée à de la pollution au sein de la maison à cause de l’utilisation, pour la cuisine, de combustibles polluants, détaille Maria Neira. Résultat: la concentration des polluants dans l’air y est parfois cinq ou six fois supérieure à celle que l’on mesure à l’extérieur. Il est donc primordial d’accélérer cette transition.»

Publié à l’occasion de la première Conférence globale de l’OMS sur la pollution de l’air et la santé qui se tient jusqu’au 1er novembre à Genève, le rapport a aussi pour vocation d’informer les acteurs de la santé et les responsables politiques sur les solutions existantes afin de stopper ce fléau touchant autant les villes que les régions rurales. «Notre but est de nous assurer que ces mesures soient connues de tous, ajoute Maria Neira. Pour que l’on ne puisse pas dire un jour que l’on ne savait pas.»

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