Environnement

Enfin des cerises sans arrière-goût de pesticide

Pour la première fois depuis des décennies, il n’y aura pas de trace de diméthoate dans les cerises suisses cet été. Cet insecticide toxique est désormais banni par de nombreux pays

Cet été, les cerises seront peut-être plus chères… mais elles contiendront aussi moins de pesticides toxiques! Soupçonné d’être dangereux pour la santé humaine, l’insecticide diméthoate n’est plus utilisé dans les vergers suisses depuis ce printemps. Plusieurs autres pays européens ont aussi décidé de bannir cette substance, qui était jusqu’alors le principal agent de lutte contre les ravageurs des cerisiers. Alors que les arboriculteurs français s’inquiètent des conséquences de cette interdiction, des méthodes de protection alternatives sont déjà déployées en Suisse.

Le diméthoate est un pesticide dit systémique, qui se répand dans la plante entière, et qui agit sur le système nerveux des insectes. «Ce produit a été le roi des insecticides dans la cerise pendant quarante ans», raconte Christian Linder, spécialiste de la protection des végétaux à Agroscope. Mais des doutes sont apparus quant à son innocuité pour les consommateurs. Persistant sous forme de résidus dans les fruits, le diméthoate aurait un effet cancérigène.

Ce printemps, plusieurs pays européens dont la France, l’Espagne et l’Italie ont décidé d’interdire l’usage de ce pesticide sur leur territoire. Ils ne sont toutefois parvenus à rallier l’ensemble des Etats de l’Union européenne à cette interdiction, et cela malgré l’avis négatif rendu par l’Agence européenne de sécurité des aliments. Celle-ci a jugé que les données sur le diméthoate n’étaient «pas suffisantes pour exclure un risque pour la santé des consommateurs».

Fruits truffés d’asticots

Qu’en est-il en Suisse? «Le diméthoate n’est officiellement plus homologué pour les cerisiers depuis 2013. Mais des autorisations d’urgence ont été accordées aux arboriculteurs ces dernières années», relate David Vulliemin, conseiller technique à l’Union fruitière lémanique. Ces autorisations n’ayant pas été renouvelées cette année, la récolte de cerises de 2016 sera la première à être véritablement exempte de diméthoate.

«Le recours à ce pesticide avait cependant déjà beaucoup reculé en raison du durcissement de ses conditions d’application», poursuit David Vulliemin. Paradoxalement, c’est surtout dans les vergers dits haute-tige, qui ne sont pas exploités de manière intensive, que l’usage du diméthoate a persisté. Ce produit ne nécessite en effet qu’un seul traitement, ce qui constitue un avantage non négligeable lorsqu’il s’agit de soigner des arbres de haute taille…

En France, l’interdiction du diméthoate a donné lieu à une levée de boucliers des arboriculteurs, qui s’inquiètent de ne pas disposer de moyens de lutte contre la Drosophila suzukii. Débarqué en 2008 en Europe, ce moucheron également appelé drosophile du cerisier ne doit pas être confondu avec la mouche de la cerise. «La première pond ses œufs dans les fruits bien mûrs, tandis que la seconde privilégie les jeunes fruits qui commencent à se colorer» explique Christian Linder. Dans les deux cas, le résultat est le même: des fruits truffés d’asticots, non commercialisables. En 2014, une forte prolifération des D. suzukii avait entraîné des pertes importantes pour les producteurs de cerises.

Lire aussi: La «suzukii", nouvelle terreur des vergers

Mesures préventives

Cependant, d’après les spécialistes, le diméthoate n’est pas la meilleure solution contre ces terreurs des vergers. «La protection chimique contre la drosophile du cerisier est difficile, car elle s’attaque aux fruits peu avant la récolte, à un moment où on ne peut plus traiter, en tout cas avec le diméthoate qui est trop toxique», explique ainsi Thomas Herren, responsable production chez Fruit Union Suisse. «La lutte contre la drosophile du cerisier se base avant tout sur une batterie de mesures préventives, le recours aux insecticides n’intervenant qu’en dernier recours, lorsque les insectes ont commencé à attaquer la récolte», indique Christian Linder.

Ces mesures préventives comprennent l’utilisation de pièges permettant de détecter l’arrivée de l’insecte et la pose de filets à mailles fines l’empêchant d’atteindre les fruits. Entretenir soigneusement le verger, en évitant de laisser des fruits trop mûrs sur les arbres, permet aussi d’éviter d’attirer la drosophile. «L’ensemble de ces mesures est aussi efficace contre la mouche de la cerise. En les déployant, on lutte donc conjointement contre les deux ravageurs», complète Christian Linder.

Vergers aseptisés

Mais il y a tout de même quelques bémols. D’abord, la pose des filets anti-insectes est coûteuse. «Il faut compter autour de 15 000 francs par hectare pour les vergers qui sont déjà équipés de protections contre la pluie. Pour les cultures non protégées, c’est plus cher mais aussi techniquement difficile. Et puis, on peut aussi se demander si on souhaite vraiment que nos vergers soient recouverts de plastique et complètement aseptisés», commente David Vulliemin. Par ailleurs, les pesticides qui restent autorisés pour lutter contre les ravageurs de cerises ne sont pas totalement innocents. Deux d’entre eux, le thiaclopride et l’acétamipride, sont des insecticides néonicotinoïdes, dangereux pour les abeilles.

La France vient de décider de suspendre les importations de cerises traitées au diméthoate, afin de protéger à la fois ses consommateurs et son marché intérieur. Une démarche qui n’a pas été suivie par la Suisse: des cerises issues de pays étrangers où ce pesticide est autorisé pourront donc encore être trouvées sur les étals cet été. Une bonne raison de privilégier la production locale, et si possible bio.


À lire aussi sur ce thème:

Publicité