éditorial

Environnement: le facteur risque demeure

Les exemples sont nombreux à montrer que la Suisse n’échappe pas au danger d’accidents industriels, qui peuvent avoir des conséquences à (très) long terme. A elle de garantir un avenir le plus sûr possible pour les générations futures

Lonza a rejeté entre 50 et 60 tonnes de mercure dans le Rhône entre 1930 et 1976. L’impact sanitaire de cette affaire est difficile à évaluer et reste sans comparaison – il y a pour l’heure seulement deux cas avérés en Valais – avec les milliers de victimes du même maudit métal touchées par la pollution de toute la chaîne alimentaire des pêcheurs japonais de Minamata, au siècle dernier aussi.

Mais ces dégâts posent une question cruciale: celle du facteur risque hérité de l’ère industrielle. La Suisse n’échappe pas à cette problématique planétaire. Et la révolution numérique, énergivore et elle-même risquée – hacking, intox digitale, fuites et vols de données, hyperconnectivité… – n’y changera rien.

Lucens, Schweizerhalle, Bonfol…

Les exemples ne manquent pas. L’accident de la centrale nucléaire de Lucens (VD), en 1969, aurait pu très mal tourner. L’incendie qui avait dévasté, six mois après le traumatisme de Tchernobyl en 1986, un entrepôt de Sandoz à Schweizerhalle (BL), brûlant des tonnes de produits chimiques, avait durablement infecté les biotopes rhénans.

Sans oublier l’interminable assainissement de la décharge de Bonfol (JU), la bombe à retardement incarnée par un wagon rempli d’acide chlorhydrique à Daillens (VD) il y a deux ans et une fuite de produits chimiques dans le Léman près de Lausanne la semaine dernière, qui prouvent une fois de plus qu’il y a danger.

Ce dernier cas rappelle aussi brutalement la fragilité de nos écosystèmes lacustres, qui auraient pu crever d’eux-mêmes si des mesures drastiques susceptibles de stopper la sournoise eutrophisation de nos eaux n’avaient pas été mises sur pied dès les années 1970.

Du pain sur la planche

Les débats actuels sur la sortie du nucléaire et le remplacement des énergies fossiles montrent que nous avons pris conscience de ces risques. A court, moyen et long terme. L’industrie chimique réagit, elle, tardivement, dans un pays qui se vante d’avoir été le premier au monde à avoir élu un écologiste au parlement – Daniel Brélaz en 1979 – et de mener une politique environnementale exemplaire. L’Helvète, sur ce plan, fait figure de bon élève, lui qui transforme en rite social son passage hebdomadaire à la déchetterie.

Lire également:  Les incertitudes du mercure empoisonnent le Valais

Mais il reste, ici comme ailleurs, du pain sur la planche. Les politiques et les acteurs de l’économie ont à saisir la nécessité d’agir encore davantage. Ils doivent tenir compte de cette évidence héritée du continuum historique: l’avenir ne nous appartient pas.

Il n’est que le fruit transmis aux générations futures, déjà inquiètes – tous les sondages le montrent à l’envi – du sort de la planète qui nous est aujourd’hui «prêtée» et d’un réchauffement climatique sur lequel nous n’avons que peu d’emprise. Raison de plus pour faire en sorte que ce legs ne soit pas empoisonné. Au mercure ou par toute autre peste.

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