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Espoirs de la neuro-ingénierie

Force est de constater que les récents progrès faits dans la compréhension du fonctionnement du système nerveux n’ont pas significativement impacté le traitement des maladies neurologiques ou psychiatriques. Les statistiques de la Food and Drug Administration (FDA) montrent que contrairement au cancer, peu de nouveaux médicaments ciblant ces maladies ont été homologués au cours de ces deux dernières décennies. La majorité des maladies du système nerveux restent ainsi encore incurables ou difficiles à traiter.

Récemment, plusieurs compagnies pharmaceutiques ont fermé leur centre de recherche en neurosciences, ceci alors que le nombre de patients souffrant de maladies neurologiques liées au vieillissement (attaques cérébrales, maladie d’Alzheimer, etc.) ne cesse d’augmenter. Rien qu’en Europe, on estime que près de 180 millions d’individus souffrent de maladies neuropsychiatriques, pour un coût de plus de 800 milliards d’euros.

Il est frappant de constater que l’approche thérapeutique qui a le plus amélioré le traitement des maladies du système nerveux au cours des vingt dernières années n’est pas un médicament, mais la stimulation électrique de structures cérébrales bien définies au moyen d’électrodes implantées dans le cerveau et liées à un pacemaker. Cette technique, appelée stimulation cérébrale profonde, a un effet bénéfique majeur dans les stades avancés de la maladie de Parkinson. Elle est en phase d’investigation pour diverses maladies neuropsychiatriques, y compris pour la dépression profonde.

Les récents progrès faits dans la miniaturisation des électrodes et des senseurs ainsi que dans le traitement du signal et dans l’imagerie cérébrale permettent le développement de rétines artificielles, de prothèses auditives ou de systèmes de stimulation électrique de la moelle épinière prometteurs. L’amélioration des systèmes portables de réalité virtuelle ouvre également de nouvelles perspectives pour le traitement des maladies psychiatriques ou dans le domaine de la réhabilitation.

Les solutions pour le traitement des maladies du système nerveux viendront très probablement d’une démarche combinant administration de molécules chimiques ou de protéines recombinantes avec des approches de thérapie cellulaire ou génique et des approches de neuro-ingénierie (électrodes, réalité virtuelle, etc.). Cela nécessite de mettre sous un même toit neurobiologistes, ingénieurs, informaticiens ainsi que des personnes ayant une expérience industrielle. C’est la philosophie développée au sein du Centre Wyss pour la neuro-ingénierie de l’Arc lémanique.

* Président de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne