Des scientifiques, étudiant des fourmis qui ravagent depuis 20 ans la faune dans le sud-est des Etats-Unis, ont peut-être trouvé un antidote naturel, un pathogène semblable à un champignon, pour se débarrasser de cette espèce invasive venue d’Amérique du Sud. L’étude des chercheurs de l’Université du Texas à Austin a été publiée, lundi, par l’Académie des sciences américaine.

L’auteur principal, Edward LeBrun, a affirmé à l’AFP que ce champignon avait déjà mené à l’extinction des poches de fourmis et qu’il allait être testé au printemps dans des environnements sensibles du Texas pour protéger des espèces en danger.

Les fourmis folles fauves (Nylanderia fulva, parfois nommées fourmis folles de Rasberry), nommée ainsi en raison de leurs déplacements erratiques, viennent d’Argentine et du Brésil et ont été introduites aux Etats-Unis par bateau. Elles ont chassé une autre espèce invasive de fourmis, dites «de feu» à cause de leur venin qui provoque des piqûres douloureuses, et s’attaque aux animaux – scorpions, serpents, lézards, oiseaux – en secrétant un acide formique qui les protège aussi du venin de leurs cousines.

«Une plaie» pour les humains

«C’est un spectacle d’horreur», dit Edward LeBrun en décrivant des rivières de fourmis colonisant des arbres dans une zone du parc Estero Llano Grande au Texas où la faune locale a disparu.

Elles détruisent les écosystèmes mais sont aussi «une plaie» pour les humains, souligne le scientifique. Les fourmis colonisent les systèmes électriques, faisant sauter des compteurs, des climatisations et des pompes.

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Elles ne réagissent qu’à des pesticides très toxiques, qui ne font que ralentir leur progression et laissent des montagnes de fourmis mortes qu’il faut ensuite évacuer.

Une découverte en 2014

Il y a environ huit ans, Edward LeBrun et l’un des co-auteurs de l’étude Rob Plowes ont découvert que des cadavres de fourmis récupérées en Floride avaient l’estomac anormalement gonflé par de la graisse. Les analyses ont révélé la présence de spores d’une espèce de microsporidies, un type de champignon pathogène, inconnue jusque-là.

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Les microsporidies envahissent généralement les cellules graisseuses des insectes, les transformant en usines à fabriquer des spores.

L’origine de ce pathogène n’est pas claire: peut-être l’Amérique du Sud ou un autre insecte. Toujours est-il qu’il essaime au Texas. Sur les 15 colonies étudiées en huit ans, chaque population a baissé quand le pathogène y était détecté, et 60% de ces colonies sont mortes.

Un processus qui prendra du temps

Dans le cadre de ses expériences, les chercheurs ont introduit des fourmis infectées par le pathogène au sein d’une colonie non-infectée dans une zone protégée, en plaçant un hot-dog pour que les deux groupes se mélangent.

Les fourmis folles vivent dans des «supercolonies» où les groupes ne se battent pas pour un territoire. C’est un énorme avantage pour coloniser de nouvelles zones, mais aussi leur plus grande faiblesse, qui permet ainsi au pathogène de se répandre librement.

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L’expérience a été couronnée de succès, en menant à l’extinction la population de cette colonie en quelques années. Les larves contaminées par des fourmis ouvrières infectées étaient particulièrement fragiles.

Pour Edward LeBrun, il y a deux bonnes nouvelles: un pathogène d’origine naturelle vise spécifiquement des espèces invasives, limitant leur capacité à envahir un écosystème, et les scientifiques peuvent accélérer la propagation de ce pathogène pour en finir plus vite avec les fourmis folles fauves. Mais ce processus demandera du temps et les fourmis ne disparaîtront pas du jour au lendemain, souligne le chercheur.