Depuis un an, les pays qui bordent le Mékong subissent l’une des pires sécheresses de leur histoire. En juillet 2019, l’armée thaïlandaise a dû intervenir dans le nord du pays et le Vietnam a déclaré l’état d’urgence dans cinq provinces. La situation ne s’est guère améliorée depuis. «Les niveaux d’eau sont les plus bas relevés depuis cinquante ans, indique Aline Telle, qui effectue une thèse à l’Université de Genève sur ce fleuve long de 4350 kilomètres. En Thaïlande et au Laos, ils sont en moyenne 1 mètre en deçà de leur seuil normal. Plus en aval, au Cambodge, il manque 5,5 mètres d’eau.»

Pour les 60 millions de personnes vivant le long de ses berges, la situation est dramatique. «Les pêcheurs ont vu leurs prises s’évaporer car les poissons ne parviennent plus à gagner les affluents du Mékong pour se reproduire, relate Teerapong Pomun, qui dirige l’ONG Mékong Community Institute. Certains ont quitté leur village pour chercher du travail en ville, d’autres ne parviennent plus à nourrir leurs familles.»