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ExoMars: la planète rouge en point de mire de l'Europe

En mars doit être lancé le premier volet de la double mission russo-européenne Exomars.

En mars 2016, dès le 14, l’Europe spatiale vivra à l’heure martienne: l’Agence spatiale européenne (ESA), désormais en collaboration avec son homologue russe Roscosmos (après la défection de la Nasa américaine), doit lancer depuis Baïkonour (Kazkhstan) le premier volet de sa mission ExoMars; le second est agendé pour 2018. Et cette première partie sera elle-même double, puisque la mission aura à la fois pour objectif de mettre en orbite autour de Mars une sonde, Trace Gas Orbiter (TGO), que de faire se poser à sa surface un démonstrateur de technologies italien, Schiaparelli. Si l’entreprise est un succès, ce serait la première fois que l’ESA réussirait à poser un engin sur Mars, sa précédente et première tentative, en 2003 avec le robot britannique Beagle, s’étant soldée par un échec. «Si l’Europe veut faire partie des prochaines étapes de la conquête martienne, et notamment de la mission visant à rapporter sur Terre des échantillons martiens, l’ESA doit pouvoir afficher certaines capacités. Sinon, l’on finit, dans les collaborations, par peindre les fusées au lieu de fournir les éléments cruciaux», résume Jorge Vago, chef scientifique de la mission.

Schiaparelli, 600 kg, devra tester le système d’atterrissage entièrement autonome, composé d’un bouclier thermique, parachute, de retrofusées, puis d’une plate-forme de laquelle le robot descendra par des rails inclinés, comme les engins russes dans les années 1970. L’expérience italienne aura ainsi pour tâche d’ouvrir la voie, technologiquement parlant, à l’arrivée du rover qui constituera le cœur de la deuxième partie d’ExoMars, en 2018.

Equipée d’une caméra construite à l’Université de Berne, TGO, elle, se placera dès 2017 en orbite autour de Mars pour en étudier scrupuleusement, pendant cinq ans, tous les gaz de l’atmosphère, et plus particulièrement le méthane. «Dans 80-90% des cas, le méthane est lié à l’existence de vie, explique Jorge Vago. Ce gaz peut être soit le produit d’organismes bactériens ayant vécu ou vivant encore sur ou sous la surface de Mars, soit le fruit de processus géologiques particuliers. Dans les deux cas, la présence d’eau liquide est nécessaire. Ce qui nous livre déjà de Mars une image plus vivante que ce que l’on a longtemps cru». TGO devra donc tirer cette question de l’origine du méthane au clair, là aussi pour orienter les travaux futurs du robot roulant de 2018, ceci tout en servant aussi d’indispensable relai de communication pour lui.

Celui-ci aura la capacité de forer jusqu’à 2 m sous la surface afin d’y analyser les échantillons présents, contre quelques centimètres seulement pour Curiosity, le célèbre 4x4 américain actuellement actif là-haut. «C’est un immense défi! Et c’est aussi le premier rover depuis les sondes américaines Vikings [dès 1976] à pouvoir chercher directement la vie sur Mars», s’enthousiasme le chef de mission. En l’occurrence, «l’engin traquera soit les traces de microbes ayant induit l’apparition de certaines textures de roches, soit des résidus de biomolécules trahissant une vie primitive passée sur Mars.» Avec à la clé, là-aussi, la maîtrise d’une technologie inédite qui placerait l’Europe en excellente position pour la suite de la conquête de la planète rouge.

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