Les laboratoires Pfizer et Johnson & Johnson (J&J) ont indiqué lundi avoir commencé à travailler sur une nouvelle version de leur vaccin anti-covid ciblant plus spécifiquement Omicron au cas où les vaccins actuels ne seraient pas suffisamment efficaces contre le nouveau variant.

«Il y a encore beaucoup d’inconnues» autour du nouveau variant détecté en Afrique du Sud et jugé «préoccupant» par l’OMS, a relevé dans un entretien sur la chaîne américaine CNBC le patron de Pfizer, Albert Bourla. «Nous saurons l’essentiel de ce qu’il y a à savoir d’ici quelques semaines.» Il faut notamment d’abord mener des tests pour évaluer l’efficacité des vaccins actuels contre Omicron.

Moderna n’affiche pas la même prudence. L’entreprise américaine estime qu’il y aura une «baisse significative» de l’efficacité des vaccins actuels contre le nouveau variant Omicron. «Tous les scientifiques à qui j’ai parlé […] disent: «Cela ne va pas le faire», a déclaré son patron Stéphane Bancel dans une interview publiée mardi dans le Financial Times. Il a indiqué au quotidien que des données sur l’efficacité de son vaccin seront disponibles dans les deux prochaines semaines.

La promesse d’une mise à jour en trois mois

«Si le vaccin (actuel) protège moins et que nous avons besoin de créer un nouveau vaccin, nous avons commencé à travailler dessus vendredi, nous avons fait notre premier modèle d’ADN, qui est la première étape du développement d’un nouveau vaccin», a expliqué Albert Bourla.

Pfizer a déjà créé par le passé deux nouvelles versions de son vaccin en moins de cent jours, contre les variants Delta et Beta, qui n’ont finalement pas été utilisées. Au besoin, «en 95 jours, nous aurons le nouveau vaccin» contre Omicron, a assuré le dirigeant. Son groupe a les capacités de produire au besoin quatre milliards de doses l’an prochain, a-t-il aussi affirmé.

Spike, clé de voûte des traitements

Le profil de mutations génétiques observé sur le variant Omicron inquiète les scientifiques et l’OMS, qui l’a classé comme variant préoccupant vendredi. Omicron possède en effet 32 mutations sur la protéine Spike, la protéine d’amarrage du virus sur les cellules. C’est également la cible des anticorps fabriqués suite à l’immunisation vaccinale, tout comme des anticorps monoclonaux utilisés dans certains traitements tels que le molnupiravir.

Lire aussi: L’ombre d’Omicron plane sur le monde

Autrement résumé, si la structure de la Spike d’Omicron s’avère lourdement modifiée, comme ces 32 mutations le laissent craindre, il est possible que les anticorps thérapeutiques s’y fixent avec une moindre affinité, ce qui diminuerait l’efficacité des traitements. De combien, nul ne le sait. Une baisse mineure ne nécessiterait pas de nouveau vaccin, comme ce fut le cas pour les variants Beta et Delta. Une diminution conséquente, par contre, oui.

Stéphane Bancel semble déjà miser sur cette seconde possibilité. D’après lui, le vaccin actuel n’aura pas «le même niveau d’efficacité que celui que nous avions contre le variant Delta». Moderna a déjà annoncé son intention de développer une dose de rappel spécifique pour ce nouveau variant. Le patron de laboratoire a estimé que son entreprise est en mesure de fournir entre deux et trois milliards de doses en 2022, mais qu’il serait dangereux d’orienter toute la production vers un vaccin spécifique au variant Omicron alors que d’autres souches du virus circulent toujours.

Lire aussi: Stéphane Bancel: «On veut proposer un vaccin comme un iPhone»

Johnson & Johnson reste «confiant» dans le vaccin actuel

Les deux autres fabricants se montrent plus optimistes. J&J a indiqué dans un communiqué «être en train d’évaluer l’efficacité de son vaccin contre le Covid-19 face aux variants», y compris Omicron. Parallèlement, le groupe est «en train de travailler sur un vaccin plus spécifique à Omicron, qu’il développera au besoin».

Le laboratoire «reste confiant» dans la réponse immunitaire à son vaccin actuel à une seule dose face aux divers variants, a assuré Mathai Mammen, en charge de la recherche chez Janssen, la filiale de J&J développant le vaccin. Mais J&J pourra «rapidement» engager des essais cliniques s’il le faut, a-t-il ajouté.

Le PDG de Pfizer assure lui aussi être «assez confiant» dans le vaccin distribué actuellement, «car nous sommes parvenus au bon dosage dès le début». Le Paxlovid, pilule anti-covid développée par Pfizer pour traiter la maladie, qui a démontré une efficacité de 89% contre les hospitalisations et décès lors d’essais cliniques, a par ailleurs «été développée avec l’idée» que des mutations du virus allaient apparaître, a relevé Albert Bourla. «Je suis très, très confiant en la capacité (de la pilule) à fonctionner avec toutes les mutations, y compris Omicron», a-t-il affirmé.

«Il faut garder à l’esprit […] que la situation est différente quand vous avez un traitement» qui permet de réduire de dix à un le nombre de personnes allant à l’hôpital, a-t-il ajouté.