Ne demandez pas à des scientifiques de se prononcer «pour» ou «contre» le passeport vaccinal. Face à cette question, plusieurs d’entre eux se défilent en précisant qu’ils ne font pas de politique. Difficile, pour un infectiologue travaillant dans un hôpital, d’endosser officiellement une opinion sur ce sujet alors que le débat fait rage au sein des institutions politiques mais aussi de la population.

S’ils se font discrets, c’est aussi que, d’un point de vue scientifique, plusieurs questions restent encore ouvertes, et que le spectre d’une troisième vague se précise. Ce passeport vaccinal permettra-t-il de circuler librement sans tomber malade? De telles mesures contribueront-elles à relancer l’activité sans aggraver la pandémie? Sur le sujet, difficile pour la communauté de chercheurs de livrer des réponses précises, tant la science manque de recul sur l’efficacité de ces vaccins.

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Le passeport vaccinal «n’a de sens que si la vaccination limite beaucoup la transmission du virus et que les personnes vaccinées ne sont plus – ou au moins nettement moins – contagieuses. Sinon cela ne sert à rien», doute ainsi Samia Hurst, professeure de bioéthique à l’Université de Genève, dans 24 heures.

«Un instrument intéressant»

Une étude américaine parue le 10 mars dans la revue Clinical Infectious Diseases semble rassurante: sur 3004 patients vaccinés (avec une dose de vaccin à ARN) et dépistés, seuls 42 présentaient un test positif au Covid-19, c’est-à-dire 1,4% de cas asymptomatiques, soit deux fois moins que dans la cohorte de personnes non vaccinées, avec 3,2% de positives. Et qui dit moins de cas asymptomatiques dit aussi surtout moins de contagions.

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S’il reste quelques cas de transmission chez les personnes vaccinées, Antoine Flahault, directeur de l’Institut de santé globale de l’Université de Genève, estime tout de même que ce passeport vaccinal serait «un instrument intéressant, même s’il faudrait parler plutôt de passe sanitaire qui comprendrait la vaccination, l’immunité acquise (les anticorps) et/ou un test PCR négatif».

Cela voudrait-il dire que l’on devrait porter un masque même si l’on possède ce passe sanitaire? «Si tout le monde dans l’avion est vacciné, alors pas de souci, répond Antoine Flahault. Sinon, selon les situations, oui il faudrait penser au masque et aux mesures barrières.»

Franchement, là, on pinaille. Le but même d’un vaccin, c’est d’empêcher la multiplication du virus. Et ça marche!

Les quelques autres experts questionnés par Le Temps, et qui ne souhaitaient pas être cités nommément, pensent qu’avec les vaccins administrés en Suisse, Moderna et Pfizer, la propagation du virus sera stoppée. «On parle effectivement de rares cas de transmission, mais franchement là, on pinaille, lâche l’un d’entre eux. Le but même d’un vaccin, c’est d’empêcher la multiplication du virus. Et ça marche! Remettre en question cela, c’est comme dire qu’un parachute ne sert à rien.»