Energie

La facture du réacteur Iter s’alourdit encore

Les premières expériences de fusion nucléaire du réacteur Iter, en France, sont reportées de cinq ans. Le coût de ce projet pharaonique, auquel contribue la Suisse, augmente de 4,6 milliards d’euros, pour un total de 18,6 milliards. Soit le triple de l’estimation initiale

Iter, «chemin» en latin, porte décidément bien son nom. Comme un interminable trajet, le développement de ce réacteur nucléaire à fusion accumule à nouveau d’importants retards estimés à cinq ans, ce qui alourdira encore de 4,6 milliards d’euros la facture totale.

Objet d’un traité international signé à l’automne 2006, Iter a pour ambition de reproduire sur Terre l’énergie illimitée qui alimente le Soleil et les étoiles. L’espoir est de pouvoir faire de la fusion nucléaire l’une des énergies de demain.

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Un immense tokamak – la chambre de confinement magnétique où se produira l’expérience de fusion nucléaire – est en cours de construction à Saint-Paul-lez-Durance dans les Bouches-du-Rhône. Mais les premières expérimentations destinées à évaluer le potentiel commercial de la fusion nucléaire viennent d’être repoussées par le directeur général d’Iter Organization, le Français Bernard Bigot, qui a repris en mars 2015 la barre de ce projet à la peine.

Ce dernier a mené une opération vérité sur les délais et les coûts, dont l’ampleur a surpris les partenaires du projet. Verdict: le premier plasma, un gaz chargé électriquement et nécessaire à la fusion d’atomes, ne sera pas produit avant 2025 et non 2020 comme prévu, a déclaré Bernard Bigot à l’AFP. «Le réacteur atteindra sa pleine puissance en 2035 et non en 2025-2027 comme envisagé», a-t-il ajouté.

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Ce n’est pas la première fois que le projet Iter prend du retard. Et c’est ce qui explique la flambée de son coût. Estimé au départ à 5 milliards d’euros, il était déjà passé, selon M. Bigot, «à 14 milliards d’euros pour la période 2007-2020». Il est désormais évalué à 18,6 milliards (2007 à 2035). Soit plus du triple des estimations initiales.

Iter est financé par sept partenaires – Union européenne, Etats-Unis, Russie, Japon, Chine, Inde, Corée du Sud. Quarante-cinq pour cent de cet investissement public seront à la charge de l’Europe (les 28 pays de l’UE plus la Suisse).

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Tous devront remplir la tirelire de 4 milliards d’euros d’argent public pour les dix ans à venir puis 600 millions d’euros pour aller jusqu’en 2035, précise M. Bigot.

Pour l’Europe, cela représente un surcoût de 2 milliards d’euros. La France, qui accueille Iter, doit y participer à hauteur de 20% (soit 400 millions) et l’Allemagne de 13%.

Quant à la participation du Royaume-Uni, elle n’est pas remise en cause par le Brexit, veut croire Bernard Bigot. Son engagement «relève du traité Euratom instituant la Communauté européenne de l’énergie atomique», a déclaré à l’AFP Bernard Bigot. Il est distinct du traité qui a créé le marché commun européen, même s’il a été signé lui aussi à Rome le 25 mars 1957. «Je pense que la Grande-Bretagne, qui est intéressée à la fusion nucléaire, va souhaiter demeurer un partenaire», ajoute-t-il.

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