En cette période d’épidémie, les emplettes sont l’une des raisons valables pour briser le confinement. Mais se rendre au supermarché expose aussi à un risque de contamination. Certaines mesures de précaution permettent de diminuer ce risque.

■ Prendre ses distances

Le SARS-CoV-2 se transmet lors de contacts prolongés avec une personne infectée, par le biais de gouttelettes de salive projetées lors d’éternuements, par exemple. Des études en cours tentent de déterminer combien de temps le virus peut rester en suspension dans l’air. Selon les premiers résultats d’une étude parue le 17 mars dans le New England Journal of Medicine (NEJM) il pourrait y subsister jusqu’à trois heures.

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La possibilité d’une transmission par l’air sans être à proximité immédiate d’un malade ne peut donc pas encore être écartée. Dans l’état actuel des connaissances, il convient donc de respecter une distance de sécurité d’au moins deux mètres vis-à-vis des autres clients et des employés, selon les recommandations de l’OMS. Le nombre de personnes présentes simultanément dans un commerce doit aussi être limité, les courses en famille sont donc proscrites.

■ Les aliments, peu contagieux

Selon l’Autorité européenne de la sécurité alimentaire (EFSA), il n’existe aucune preuve que les aliments pourraient être une source ou un moyen de transmission du SARS-CoV-2. «L’expérience que nous avons des épidémies précédentes dues à des coronavirus apparentés, tels que le coronavirus du syndrome respiratoire aigu sévère (SARS-CoV) ou le coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS-CoV), montre que la transmission via la consommation d’aliments n’a pas eu lieu. Pour l’instant, rien n’indique que ce coronavirus soit différent à cet égard», écrit Marta Hugas, responsable scientifique à l’EFSA. L’infection ne se fait pas par la voie digestive.

Néanmoins, des aliments peuvent être contaminés par le SARS-CoV-2. «Si une personne malade manipule des aliments, en théorie, le virus pourrait se retrouver sur ces derniers», précise Walter Zingg, médecin adjoint au service prévention et contrôle de l’infection des HUG. La présence du virus sur des aliments résulterait encore une fois de la projection de gouttelettes de salive ou d’un contact avec les mains de la personne infectée. «Mais la plupart des aliments sont emballés ou cuisinés, ce qui limite le risque», poursuit l’expert.

Il faut donc éviter de toucher inutilement fruits et légumes en libre-service et les laver une fois rentré à son domicile. Selon l’Agence française de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), une cuisson à 63°C pendant quatre minues permet de diviser par 10 000 la contamination d’un produit alimentaire. Cette sensibilité à la cuisson a été déterminée par analogie avec d’autres coronavirus connus, indique l’agence.

■ Quid des emballages?

La durée de survie du virus dans l’environnement est encore sujette à caution. L’étude parue dans le NEJM estime par exemple que le SARS-CoV-2 peut survivre jusqu’à vingt-quatre heures sur du carton et trois jours sur du plastique. Après ses courses, il est donc conseillé de se débarrasser autant que possible des emballages inutiles, puis de se désinfecter les mains.

Ecrans tactiles des balances, chariots, distributeurs de sacs plastique… les surfaces susceptibles d’être touchées par une personne malade sont nombreuses. «Dans un magasin, les portes de frigo, par exemple, sont touchées par beaucoup de monde», rappelle Walter Zingg. Il est conseillé d’utiliser le paiement sans contact si possible, et d’amener ses propres sacs.

■ Masques et gants

Pour limiter le risque, il peut aussi être tentant d’utiliser des équipements de protection, mais ceux-ci sont à manipuler avec précaution. «Le port de gants et d’un masque peut donner un sentiment de fausse sécurité», souligne Walter Zingg. Des gants qui auraient touché une surface contaminée doivent être retirés correctement pour éviter une transmission du virus. D’une manière générale, ces protections peuvent pousser à se passer d’autres précautions élémentaires. Pour l’OMS, le port du masque lorsqu’on n’est pas soi-même malade ou en contact avec une personne infectée est inutile. L’organisation appelle à les utiliser avec parcimonie face à la pénurie mondiale.

«Pour les personnes à risque et les personnes âgées, il vaut mieux recourir à la livraison, affirme Walter Zingg. Sinon, il n’y a pas de raison de ne pas se déplacer, si on respecte les mesures de précaution.» Des mesures d’hygiène qui devraient aussi être appliquées en dehors de la période d’épidémie, rappelle le médecin.


Quand faire ses courses?

Le meilleur moyen de maintenir la distance avec les autres clients est encore d’éviter les moments de fortes affluences dans les magasins. Seulement, en cette période de confinement les heures de pointes sont un peu chamboulées. «Il y a quand même encore beaucoup de gens qui ont gardé leurs heures de travail habituelles donc qui vont venir en fin de journée ou le midi», note un porte-parole de Migros.

Il conseille également d’éviter de venir le samedi ou encore très tôt le matin, pour des raisons d’approvisionnement. «Certaines personnes pensent que cela leur permettra d’avoir accès aux marchandises en priorité, seulement les livraisons se font plus tard et les rayons sont remplis plusieurs fois par jour», précise-t-il. Les horaires et le nombre de livraisons varient en fonction des filiales.

Le comptage pour réguler

Pour éviter qu’un trop grand nombre de personnes soient présentes simultanément dans les magasins, les enseignes ont mis en place des systèmes de comptage. «Dans tous les supermarchés, nous utilisons un système de carte unique pour garantir que le nombre maximum de personnes spécifié par l’Office fédéral de la santé soit respecté», indique une porte-parole de Coop. «Pour les personnes qui veulent se protéger, nous recommandons de faire ses achats l'après-midi en semaine.»

Pour la plupart des enseignes, il reste difficile de faire des recommandations générales valables à l’échelle nationale. «La meilleure solution c’est de se renseigner auprès de la filiale dans laquelle on se rend le plus souvent, et de demander au personnel quel est le moment où il y a le moins de monde» conclut le porte-parole de Migros.