Microbiologie

Faire du sport muscle même 
le microbiote

Il n’y a pas que les yaourts au bifidus qui modifient la flore intestinale: l’activité physique apparaît comme un puissant – et bénéfique – moteur de changement des populations bactériennes de nos intestins

Résolutions 2018 obligent, les salles de fitness et autres sentiers de course à pied sont pleins à craquer en ce début d’année… et se videront de la majorité de leurs pratiquants d’ici quelques jours. Une étude récemment parue dans la revue Medicine & Science in Sports & Exercise pourrait toutefois en inciter quelques-uns à ne pas raccrocher les baskets trop vite. Elle conclut en effet que la pratique d’une activité sportive joue un rôle bénéfique sur le microbiote, cette population de bactéries qui vivent dans et sur notre organisme. Aller transpirer régulièrement semble en effet modifier la composition de ces milliards de micro-organismes et par là même améliorer le métabolisme, voire l’état de santé général, affirment les auteurs.

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Est-il encore besoin de présenter le microbiote? Longtemps considérées comme de vilaines squatteuses, ces innombrables bactéries – nous en possédons dix fois plus que nous n’avons de cellules – qui vivent dans notre bouche, nos intestins ou encore à la surface de notre peau, sont désormais au centre de plusieurs études scientifiques depuis que médecins et microbiologistes ont compris qu’elles jouaient un rôle bien plus important qu’escompté jusqu’alors. On les soupçonne d’influencer des phénomènes variés tels que la digestion, les mécanismes de défenses immunitaires, voire d’entrer en jeu dans certains troubles du comportement.

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Parmi les champs d’études possibles, il en est un qui intéresse particulièrement la recherche: celui de l’alimentation et du métabolisme. Et si c’étaient ces bactéries qui entraînaient l’obésité ou d’autres troubles métaboliques? La question est séduisante, d’autant que des travaux ont déjà établi que les personnes obèses possèdent préférentiellement certaines espèces bactériennes…

Acides gras à chaîne courte

C’est dans cette lignée que s’inscrit la présente étude menée par Jeffrey Woods de l’Université d’Illinois à Urbana-Champaign. Pour vérifier si la pratique d’une activité physique entraînait des modifications du microbiote, le chercheur et son équipe ont recruté 32 hommes et femmes non sportifs, dont la moitié obèses, et leur ont demandé de suivre un programme d’entraînement physique d’intensité modérée à forte, à raison de 30 à 60 minutes d’exercices, trois fois par semaine pendant six semaines. Après quoi les cobayes devaient retourner à leur style de vie sédentaire durant une autre période de six semaines. Avant, pendant et après l’étude, les chercheurs ont prélevé des échantillons d’excréments chez tous les participants, afin d’en examiner la flore intestinale via une analyse génétique. Ils ont pour cela séquencé l’ADN total des prélèvements et, à l’aide de techniques de bioinformatique, ont examiné si certaines familles de bactéries disparaissaient ou si au contraire d’autres apparaissaient.

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Résultat des comptes, quelques grandes tendances se sont dégagées. En particulier, certains microbes connus pour produire des acides gras à chaîne courte semblent avoir progressé chez tous les participants après les six semaines d’entraînement. «Il s’agit surtout du butyrate, explique le professeur Jacques Schrenzel, directeur du Laboratoire de microbiologie des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), une molécule connue pour nourrir et participer au bon fonctionnement de l’épithélium colique.»

Autrement résumé, l’abondance du butyrate va de pair avec de meilleures capacités d’absorption intestinale, et plus généralement un effet protecteur sur le tube digestif (par exemple en limitant l’inflammation). Un changement bénéfique, d’autant plus marqué chez les sujets non obèses, notent les auteurs. Après les six semaines de repos, tous les curseurs semblaient cependant être revenus à leur état initial, suggérant que c’est bien le sport qui en est à l’origine (et non l’alimentation, qui était contrôlée).

Boîte noire

Jeffrey Woods et son équipe ont, en outre, remarqué d’importantes variations dans la composition génétique des microbiotes des participants. Certains gènes microbiens ont été activés lors des périodes d’entraînement, tandis que d’autres se sont éteints. Impossible d’en donner le détail: chaque personne a en effet réagi différemment aux exercices.

Qu’est-ce qui a déclenché ces modifications au juste? Il est encore tôt pour avancer un mécanisme précis. «On est face à une boîte noire, reconnaît Jacques Schrenzel. Mais cette étude vient confirmer des travaux similaires chez la souris, et l’ensemble suggère l’existence d’un mécanisme reproductible aussi bien chez l’homme que chez l’animal, ce qui est encourageant. On ne trouvera vraisemblablement pas la bactérie signature de l’obésité avec ce type d’étude, mais plutôt une histoire plus complexe. Peu importe tant qu’on trouve!» Quoi qu’il en soit, ces travaux apportent une preuve supplémentaire que la pratique d’un sport est bénéfique pour sa santé… et pour celle de son microbiote. Raison de plus pour s’y tenir en 2018, donc.

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