«Nous avons vécu de grands moments d'émotion. Au début et à la fin du transit, les gens applaudissaient.» Au Musée d'histoire des sciences de Genève, comme en témoigne sa conservatrice Béatrice Pellegrini, mais aussi dans de nombreux autres points d'observation de Suisse et d'ailleurs, le passage de la planète Vénus devant le Soleil a suscité beaucoup d'intérêt, hier entre 7 h 20 et 13 h 23.

Entre 2000 et 3000 personnes ont ainsi défilé dans le parc du musée genevois pour jeter un œil dans les télescopes mis à disposition par la Société astronomique de Genève. Au Tessin, des trains spéciaux avaient même été prévus pour permettre aux 200 intéressés de se rendre à l'Observatoire du Monte Generoso. A celui de Saint-Luc, en montagne, ils étaient moins nombreux – une centaine. Mais, le beau temps aidant, la manifestation fut une réussite, «notamment grâce à notre système de projection du Soleil qui a permis de l'observer, tous ensemble, comme un disque d'un mètre de diamètre. Puis, dès l'apparition de Vénus, nous avons eu droit à des exclamations de bonheur», raconte Frédéric Mallmann, responsable du lieu.

Public informé

Malgré la petite taille de la planète, qui apparaissait comme un grain de beauté sur le disque solaire, personne n'a été déçu par rapport à ses attentes: «Les gens étaient bien informés de ce qu'ils allaient voir, justifie Bernhard Zurbriggen, animateur à l'Observatoire d'Ependes, qui a accueilli quelque 300 personnes. De plus, les protubérances solaires ont constitué un spectacle supplémentaire très apprécié.» «Chez nous, les seuls déçus ont été les retardataires retenus dans la circulation», ajoute Raphael Hirschi, astronome à l'Observatoire de Genève, qu'avait rejoint une centaine de personnes dès 7 h du matin.

Partout, quelques observateurs d'un jour se sont montrés curieux d'apprendre que ce phénomène était très rare. Le dernier transit vénusien a en effet eu lieu en 1882 et le prochain qui sera visible en Suisse est fixé à l'an 2117. Pourtant, parmi ceux qui en étaient conscients, peu avaient l'impression de vivre un moment astronomique unique et chargé d'histoire – dès le XVIIe siècle, les transits de Vénus ont permis de calculer la distance entre la Terre et le Soleil (LT des 07 et 08.06.2004): «Les gens, y compris mes collègues, se disaient simplement contents de voir le phénomène de leurs propres yeux, témoigne Raphael Hirschi. Par contre, vu la taille des deux corps célestes, les visiteurs se rendaient vraiment compte de l'immensité du système solaire.»

«Les enfants se sont montrés plutôt incrédules lorsqu'ils voyaient cette planète dont on leur avait parlé», explique aussi Bernhard Zurbriggen. Même si beaucoup de classes s'étaient équipées en matériel d'observation, les jeunes et leurs enseignants se sont déplacés en nombre dans les lieux d'observation, professionnels ou privés. Ainsi à Môtiers, dans le Val-de-Travers, l'astronome amatrice neuchâteloise Alice Jacot-Descombes, par le biais d'une annonce dans un quotidien local, a invité tout quidam intéressé à venir observer le transit dans son jardin, où elle avait installé sont télescope grossissant 50 fois. «Environ 150 personnes se sont déplacées. Nous avons tous été impressionnés par l'exactitude des temps de passage. Et je crois même que nous avons suscité des vocations parmi les écoliers présents», se réjouit-elle.