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Il faut se méfier des pics de pollution, même quand l'air est globalement pur

Les décès se multiplient lors des épisodes de forte pollution aux particules fines, confirme une vaste étude portant sur plus de 650 villes. Un effet perceptible y compris dans les pays où la qualité de l’air est plutôt bonne, comme en Suisse

Eviter les activités physiques en plein air et protéger les plus fragiles, notamment les enfants et les personnes âgées: les recommandations sanitaires en cas de forte pollution de l’air ne sont pas à prendre à la légère. Car l’air impur est un dangereux meurtrier. Une nouvelle étude menée dans 24 pays, dont la Suisse, et récemment publiée dans la revue The New England Journal of Medicine, a ainsi montré que la mortalité à court terme augmente lorsque la teneur en particules fines progresse dans l’air. Tous les pays sont concernés, et pas forcément les plus pollués.

Dangereuses microparticules

L’impact de la pollution de l’air sur la santé n’est plus à prouver. L’inhalation de particules fines, en particulier, entraîne diverses pathologies respiratoires et cardiovasculaires. Le transport routier, les activités industrielles et le chauffage au bois – entre autres – sont responsables de l’émission de ces particules, dont on distingue couramment deux types: les particules d’un diamètre n’excédant pas 10 micromètres, appelées PM10, qui peuvent pénétrer à l’intérieur des poumons, et celles dont le diamètre est inférieur ou égal à 2,5 micromètres, dites PM2,5, encore plus nocives car pouvant s’introduire jusque dans les alvéoles.

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La nouvelle étude compile les données sur la pollution aux particules fines enregistrées dans 652 villes réparties dans 24 pays, essentiellement en Amérique du Nord, en Europe et en Chine, entre 1986 et 2015. «C’est la première fois que l’effet de cette pollution est ainsi étudié à l’échelle mondiale, c’est une gigantesque entreprise», souligne Meltem Kutlar Joss, spécialiste de la pollution de l’air à l’Institut tropical suisse Swiss TPH.

Sans surprise, c’est en Chine que se trouvent les villes qui présentent les plus forts niveaux de pollution, d’après la carte interactive établie par les chercheurs. Les valeurs enregistrées en Suisse, à l’inverse, respectent les limites édictées par l’Organisation mondiale de la santé, qui recommande de ne pas dépasser le seuil de 50 microgrammes de PM10 et de 25 microgrammes de PM2,5 par mètre cube d’air (μg/m3)en moyenne sur 24 heures. A titre d’exemple, le taux moyen annuel de PM10 pour la ville de Lausanne est de 25,84 μg/m3 d’air, quand il atteint l’effrayante valeur de 259,07 μg/m3 d’air dans la ville de Hotan, dans l’ouest de la Chine.

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Pour chaque ville, l’équipe de scientifiques a comparé les variations de concentration des particules fines dans l’air avec la survenue de décès. Il ressort de leur analyse que, en moyenne, un accroissement de la concentration de PM10 dans l’air de 10 μg/m3 sur deux jours est associé à une augmentation de tous les types de mortalité de près de 0,5% (0,44%). En d'autres termes, lors de ce type d'épisodes, 1005 décès surviennent, là où il n'y en aurait normalement que 1000, en l'absence de pollution. 

«L’association entre mortalité et pic de pollution aux particules fines est détectable y compris dans les villes où la qualité de l’air est conforme aux recommandations de l’OMS»

Meltem Kutlar Joss, spécialiste de la pollution de l’air à l’Institut tropical suisse Swiss TPH

L’effet est encore plus marqué pour les PM2,5: une progression de leur concentration de 10 μg dans l’air entraîne une mortalité quotidienne accrue de 0,68%. «Ce sont des effets relativement faibles, qui peuvent ne pas être ressentis à l’échelle d’une ville, mais qui apparaissent lors de l’analyse statistique et sont significatifs en termes de santé publique», estime Meltem Kutlar Joss, qui n’a pas participé à l’étude.

Des populations qui s’adaptent

Etonnamment, dans les villes les plus polluées, une élévation supplémentaire de la concentration en particules fines dans l’air n’entraîne qu’une augmentation modérée du nombre de décès. «Les auteurs de l’étude avancent différentes explications à ce phénomène: peut-être que le type de particules fines émises dans ces villes est moins toxique qu’ailleurs. Ou alors les populations concernées se sont adaptées et sortent moins lors des pics de pollution», avance Meltem Kutlar Joss.

L’accroissement de la mortalité lors des épisodes de forte pollution est plus marqué dans les villes ayant un taux de pollution chronique modéré à faible, comme c’est le cas en Suisse. «L’association entre mortalité et pic de pollution aux particules fines est détectable y compris dans les villes où la qualité de l’air est conforme aux recommandations de l’OMS», affirme Meltem Kutlar Joss. Cela devrait inciter les pays occidentaux, et pas seulement les pays qui connaissent des niveaux de pollution extrêmes, à poursuivre leurs efforts en faveur de la qualité de l’air, estime la chercheuse.

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