Les cas de deux chiens testés positivement au coronavirus à Hongkong le mois dernier ont fait couler beaucoup d’encre. Un des animaux, âgé de 17 ans, est décédé peu de temps après la fin de sa quarantaine sans que l’on puisse déterminer si les chiens en question étaient effectivement contaminés par le Covid-19. Ce lundi, le zoo du Bronx à New York indiquait dans un communiqué qu’un tigre malais avait également été testé positivement.

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Selon l’établissement, trois autres tigres et trois lions présentent également une toux sèche, ce qui a provoqué ces tests. L’infection proviendrait d’un contact avec un gardien qui ne présentait alors pas de symptômes de la maladie. Malgré une perte d’appétit chez ces animaux, le zoo estime qu'ils devraient se remettre complètement. Ce cas montre que la manière dont le nouveau coronavirus se transmet entre l’homme et l’animal, et vice versa, est encore peu connue.

Un cas unique

Depuis les débuts de l’épidémie, les origines animales supposées du SARS-CoV-2 posent la question de savoir si certaines espèces peuvent devenir un réservoir pour le virus. Jusqu’à présent, aucune preuve d’une contamination de l’homme vers nos animaux de compagnie, ou inversement, n’a été observée. Pour les chiens hongkongais, la présence du génome du virus a été identifiée au niveau des voies respiratoires. Sans pour autant permettre d’affirmer que le virus était allé plus loin et avait pénétré l’organisme des animaux pour s’y répliquer.

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Le cas de ces félins new-yorkais pourrait laisser penser que les animaux ont été effectivement infectés par le virus. Pour autant, le zoo ne précise pas quel type de test a été mené, si ce n’est qu’il ne s’agit pas de la même méthode que celle employée sur les humains. Aucune précision n’est donnée concernant la présence du SARS-CoV-2 au sein de l’organisme. Le laboratoire américain qui a mené l’examen indique qu’un seul animal a été testé pour des raisons pratiques, puisque le prélèvement des échantillons nécessitait d’endormir l’animal.

Des exemples suspects chez les chats

Il s’agit donc d’un cas isolé qui soulève plus de questions qu’il n’apporte de réponses. Le passage d’un virus d’une espèce à l’autre n’est pas un processus aisé. Pour infecter un organisme, il doit pouvoir se fixer à ses cellules et y pénétrer pour pouvoir s’y répliquer. Ce cas chez un tigre pourrait conforter l’idée que les félins sont sensibles au coronavirus humain.

«Etant donné que des chats ont maintenant été infectés expérimentalement par le virus, cela suggère fortement que le tigre a été infecté et non seulement contaminé, relève Sarah Caddy, chercheuse en immunologie virale à l’Université de Cambridge et chirurgienne vétérinaire. Mais nous n’avons aucune preuve concrète.» Une étude chinoise mise en ligne le 31 mars et menée sur des chiens, des cochons, des poulets, des canards, des chats et des furets montre que le virus peut se répliquer chez ces deux dernières espèces.

Une étude à prendre avec des pincettes

Toutefois, les propriétaires de chats ne doivent pas s’inquiéter pour leurs animaux dans l’immédiat. Cette étude n’est que pré-publiée sur le site BioRxiv: elle n’a pas encore été examinée par d’autres scientifiques pour en valider le contenu selon la méthode qui encadre les publications scientifiques.

Selon les résultats, non seulement le virus peut se répliquer chez les chats, mais ces derniers peuvent également le transmettre à d’autres individus. Un premier point incite à relativiser la portée de l’étude: elle n’a été menée que sur des groupes restreints de chats et parmi les chats non infectés mis en présence des chats infectés, un seul a ensuite présenté des traces du virus dans son organisme. Autre point: le virus a été inoculé à forte dose aux chats, en laboratoire, ce qui ne correspond pas à une situation réelle. L’étude ne permet donc pas de déterminer de manière claire qu’un humain puisse transmettre le virus à son animal.

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Les chats sont donc observés avec attention par la communauté scientifique. Mais pour le moment, un seul cas a été signalé le 27 mars dernier, avec un chat belge testé positif au SARS-CoV-2. Contrairement aux chiens hongkongais, l’animal présentait des difficultés respiratoires. Mais dans un article de La Libre Belgique, Etienne Thiry, professeur à la Faculté vétérinaire de Liège et membre du comité scientifique de l’Agence fédérale belge pour la sécurité de la chaîne alimentaire, souligne que les prélèvements n’ont pas été pratiqués par des professionnels mais par la propriétaire, elle-même infectée.

Il s’agit donc encore d’un cas unique qui doit être confirmé. «Si le coronavirus pouvait provoquer facilement la maladie chez les chats domestiques, nous aurions dû constater beaucoup plus de cas maintenant», note Sarah Caddy. Avec plus de 1,2 million de cas humains confirmés à travers le monde, le nombre de chats malades et détectés devrait être plus élevé si la maladie se transmettait aisément de l’humain à l’animal. Et surtout, pour le moment, aucune donnée ne montre que ces animaux puissent eux-mêmes contaminer un humain.

Pour la Faculté vétérinaire de l’Université de Zurich, les recommandations d’hygiène à adopter avec les animaux de compagnie restent donc les mêmes: limiter les contacts avec son animal si l’on est malade et les éviter totalement avec les animaux de personnes atteintes par le Covid-19.