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Un pompier, à Leiria le 19 juin, tente de contenir les flammes. 
© Pablo Blazquez Dominguez, Getty images

Incendie

Feu de forêt géant au Portugal: un nouveau défi climatique?

Les pompiers tentent toujours d’arrêter le feu dans la région de Leiria au Portugal, où un gigantesque incendie de forêt s’est déclaré samedi passé. Un événement malheureusement amené à se répéter

Le premier bilan de l’incendie au Portugal, à Pedrogao Grande, dans la région de Leiria, fait froid dans le dos. Avec 62 morts et 62 blessés dont 4 dans un état grave, selon les derniers chiffres, il est un des plus meurtriers de l’histoire du Portugal. Près de 1000 pompiers sont intervenus depuis samedi pour tenter de contenir les flammes. Cet incendie spectaculaire s’explique en partie par les conditions climatiques et par la nature de la végétation locale. Ce type d’événement pourrait devenir plus fréquent du fait des changements climatiques.

Selon la police judiciaire, l’incendie aurait été causé par un orage sec, écartant l’origine criminelle. L’orage sec, un phénomène bien particulier: «La foudre précède l’orage, tape un endroit où il ne pleut pas ensuite. Même s’il pleut, la foudre peut rester dans le sol, sans oxygène, et se propage suivant une racine», explique Marco Conedera, responsable de l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL) à Cadenazzo dans le Tessin. Un phénomène bien connu dans les montagnes suisses, moins dans les pays du Sud: «Dans les montagnes suisses, 30% des incendies sont d’origine orageuse en période estivale. En revanche, c’est de 2 à 3% des causes d’incendie sur les bords de la Méditerranée.» Les autres pour cent sont d’origine humaine.

Végétation très inflammable

Ce départ de feu a ensuite été propagé par la forêt portugaise, constituée de pins et d’eucalyptus. Le pin est une espèce très inflammable, notamment à cause de ses petites aiguilles très sèches. L’eucalyptus, c’est encore pire. «L’eucalyptus est constitué d’huile. Une fois en feu, elle explose et l’arbre devient une torche, détaille le chercheur. Une fois le feu allumé, il est très difficile de l’arrêter.»

Pourtant, si ces espèces sont présentes sur le territoire, c’est que le feu est aussi un atout pour leur reproduction. Les graines du pin sont entourées de résine qui fond lorsque l’arbre est en feu permettant la dissémination des graines lorsque le territoire est vierge d’autres espèces après un incendie. L’eucalyptus, lui, fonctionne par rejets: la souche est projetée et l'arbre repousse très vite après incendie. La forêt se régénère rapidement après le passage du feu si ce dernier n’est pas trop fréquent. Un sacré avantage quand on sait que l’eucalyptus a été introduit au siècle dernier au Portugal pour une raison commerciale: fabriquer de la pâte à papier.

Départ de feu rare, végétation propice… Le feu a par ailleurs débuté dans une zone plutôt isolée, rendant sa détection difficile par les pompiers. Lorsqu’un tel incendie atteint des habitations ou se rapproche des routes, c’est là que le drame commence. Pour Eric Rigolot, directeur de l’Unité de recherches forestières méditerranéennes de l’Institut national français de recherche agronomique (INRA), le danger n° 1 reste la voiture: «Le danger ne vient pas de la vitesse à laquelle va le feu mais de la visibilité quasi nulle qui augmente le risque d’accident. Une seule voiture met un pneu dans le fossé et toutes les voitures sont bloquées, sans aucune échappatoire.» La majorité des victimes de l’incendie au Portugal sont mortes dans leur voiture… Selon le spécialiste, il y a deux options: soit on évacue si on a le temps, soit on se confine, dans la maison.

Allongement de la période à risque

Le Portugal n’en est pas à son premier feu. Entre 2003 et 2005, 23% de surface forestière ont brûlé. En 2016, 175 000 hectares sont partis en fumée. Plus que l’ampleur du feu, ce qui cloche ici c’est la date: «Il s’est produit un 15 juin alors que cela se produit normalement mi-août. Il y a un effet du changement climatique sur les feux de forêt», explique Eric Rigolot.

En effet, la période de risque s’allonge. Au lieu de se limiter à juillet-août, elle s’étale dorénavant de juin à septembre. Avec l’usure que cela entraîne sur le système de lutte, surtout s’il y a plusieurs foyers, ce qui arrive souvent sur la côte méditerranéenne. «On risque d’échapper à la maîtrise de la lutte. Un grand feu comme celui-là va mobiliser beaucoup de moyens et va lever la surveillance sur les autres feux simultanés», confirme le chercheur de l’INRA. Le Portugal a d’ailleurs fait appel à l’aide européenne pour limiter le feu.

Au lieu de guérir, peut-on prévenir? Certaines actions consistent à clairsemer les forêts afin de limiter la propagation entre deux arbres trop proches. Eviter les espèces inflammables dans les forêts n’est cependant pas envisageable: entreprendre une politique de substitution d’espèces coûte très cher et modifierait durablement les écosystèmes en place. La seule option serait que le chêne feuillu, moins inflammable et qui pousse à l’ombre des pins, prenne le dessus. Mais même avec une action volontariste, cela prendrait plus d’un siècle.

Mieux vaut donc informer la population du risque d’incendie et des gestes de survie pour éviter la panique générale. Selon le chercheur de l’INRA: «A l’avenir, la gestion des incendies n’est plus une question de feux de forêt mais de sécurité civile.»


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