«Ce sera un vrai jour de deuil pour la Russie.» Ainsi le président du parlement russe, Guennadi Seleznev, a-t-il qualifié la chute de Mir dans l'océan Pacifique. «La station, a-t-il ajouté, a apporté à notre pays des dividendes scientifiques, politiques et économiques immenses.» Le numéro un de la Douma a même lancé un appel «aux savants et aux fonctionnaires gouvernementaux» pour la création «d'une station analogue» déjà baptisée Mir 2. C'est dire si la Russie a de la peine à se résigner à la démolition de sa plus grande fierté spatiale.

«C'est un sentiment de regret qui m'habite aujourd'hui, explique ainsi l'ancien cosmonaute et héros de l'URSS, Valéry Rioumine. Je ne prétends pas que la station était toute jeune et en parfait état, mais si on avait produit les efforts et les soutiens financiers nécessaires, elle aurait pu fonctionner encore quelques années. Le responsable de tout ça, c'est Eltsine: il a certes pris des décisions favorables au maintien de Mir. Mais, comme personne n'est parfait, il ne contrôlait pas l'application de ces mesures.»

La conquête spatiale continue

Certains vont plus loin, et le leader du Parti communiste Guennadi Zougianov, après avoir demandé au gouvernement de renoncer au largage de Mir, a traité le directeur de l'agence spatiale russe Iouri Koptev «d'agent de la CIA». Les analystes pourtant gardent la tête froide: «La chute de Mir marque simplement la fin de la période romantique de notre ère spatiale, pas sa fin tout court», estime, dans un éditorial collectif, la rédaction de l'hebdomadaire Itogi, qui a tout de même consacré 13 pages à la gloire de la station condamnée. Et qui se console comme elle peut: «Chaque année nos fusées mettent en orbite des dizaines et des dizaines de satellites, sur commande de l'étranger. La Russie a su se ménager dans cette nouvelle sphère de l'économie mondiale une place enviable.»

L'acte de décès plus ou moins digéré, les Russes ne se sont pas privés d'emboucher, la larme à l'œil et le torse bombé, les trompettes d'un requiem solennel et patriotique. Dans le genre, la palme revient au Moscow Times, qui écrivait hier matin: «Au moment de la disparition de Mir, il faut rendre hommage à cette réalisation monumentale et au millier de personnes qui l'ont rendue possible. La Russie a toutes les raisons d'être fière de Mir, son héritage vivra aussi longtemps que l'humanité optera pour l'étude pacifique et l'exploration scientifique de l'espace. Bon voyage, Mir, nous te saluons.»

On rappelle même que la station a joué un petit rôle dans le processus de la glasnost: le 13 mars 1986, son lancement a été retransmis en direct à la télévision, une première pour une mission spatiale russe habitée. Ce qui n'empêche pas, comme toujours en Russie, les rieurs d'avoir le dernier mot: «Selon les dernières conclusions scientifiques, Mir était bien un luxe et non pas un moyen de déplacement.»