Toxicologie

Finalement, le café ne provoque pas le cancer

Suspecté depuis longtemps par l’OMS de pouvoir provoquer le cancer de la vessie, le café a été retiré de la liste des substances cancérigènes à la suite d’un réexamen de la littérature scientifique. Il aurait même un effet protecteur dans d’autres cancers

Il était sur la liste depuis 25 ans. Le café, l’une des boissons les plus consommées au monde, n’est plus désormais considéré comme «peut-être cancérogène», par le Centre international de la recherche sur le cancer (CIRC/IARC), organe de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) connu pour maintenir une liste des substances classées selon leur potentiel cancérigène.

Les 23 experts indépendants du CIRC ont revu cette évaluation à la lumière de nouveaux résultats scientifiques, soit «plus de 1000 études chez l’homme et l’animal» qui n’ont apporté «aucune preuve concluante d’un effet cancérogène» de sa consommation. Ils doivent officiellement annoncer ce déclassement mercredi 15 juin en fin d’après-midi.

Effet anticancéreux du café

Le café était jusqu’ici classé comme potentiellement cancérigène pour la vessie. Mais le CIRC devrait vraisemblablement écarter tout risque de cancer, notamment du pancréas et de la prostate. Au contraire, il aurait même un effet protecteur contre les cancers du foie et de l’utérus.

L’agence se range finalement à l’avis de la plupart des autres organismes de recherche et d’évaluation scientifiques. L’Agence européenne de santé (EFSA) avait ainsi en mai 2015 déclaré que le café «ne présentait pas de problème de sécurité pour la population générale en bonne santé».

Pour sa part, le maté (infusion de feuilles) s’il est bu froid ou à des températures «pas très élevées» n’a pas d’effets cancérogènes, selon les études épidémiologiques et les expériences sur les animaux.

La température de la boisson est mise en cause

«Ces résultats laissent penser que la consommation de boissons très chaudes est une cause probable de cancer de l’œsophage et que c’est la température, plutôt que les boissons elles-mêmes, qui semblent être en cause», a déclaré Christopher Wild, directeur du CIRC.

Les boissons très chaudes sont celles consommées à des températures de 65 degrés Celsius ou plus, précise le CIRC.

Des études menées en Chine, en Iran, en Turquie et dans des pays d’Amérique du Sud, où le thé ou le maté sont traditionnellement bus très chauds (à environ 70°C), ont montré que le risque de cancer de l’œsophage augmente avec la température à laquelle la boisson est consommée, souligne l’agence cancer de l’OMS dans un communiqué.

«Les températures normales pour le café et le thé dans les pays européens et l’Amérique du Nord sont bien en deçà. Le café et le thé sont souvent bus en dessous de 60 degrés», explique le Dr Dana Loomis, épidémiologiste du CIRC.

Le cancer de l’œsophage est la huitième cause la plus fréquente de cancer dans le monde et l’une des principales causes de décès par cancer, avec environ 400 000 décès enregistrés en 2012 (5% de tous les décès par cancers).

950 substances dans la liste

Le CIRC publie régulièrement des monographies, c’est-à-dire des revues de l’ensemble de la littérature scientifique parue sur les effets cancérogènes des agents examinés (produits chimiques, expositions professionnelles, gaz d’échappement des moteurs diesel, facteurs de risques liés au mode de vie, comme l’abus de charcuterie…) et les actualise régulièrement.

Le CIRC établit ainsi une classification allant du groupe 1 – «peut causer le cancer chez les humains ou «cancérogènes certains», au groupe 4, le classement le plus bas, qui signifie non cancérigène pour l’homme. A ce jour, plus de 950 agents ont été passés en revue et classés. En octobre dernier, la viande rouge et la charcuterie avaient ainsi été classées respectivement «cancérogène probable» (groupe 2A) et «cancérigène» (groupe 1).

Lire aussi: Haro sur la charcuterie, accusée de causer le cancer

La classification n’indique pas quel niveau de risque existe pour la santé. Par exemple fumer du tabac appartient au groupe 1 des cancérogènes avérés, mais le classement n’indique pas quelle est l’augmentation du risque selon le nombre de cigarettes fumées. Au sein de ce groupe, le risque peut varier dans de proportions importantes.

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