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Le scarabée japonais débarque en Suisse via l’Italie, où il a probablement été introduit par avion.
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Environnement

Fléau des campagnes italiennes, le scarabée japonais débarque en Suisse

Quatorze coléoptères scarabéidés d’origine asiatique ont été capturés au Tessin près de l’Italie où ils font des ravages. Les autorités agraires sonnent l’alarme

Le 21 juin, des représentants du Service phytosanitaire de la section agriculture du Tessin, découvraient trois coléoptères scarabéidés japonais adultes. Ils ont été capturés dans un piège à phéromones (des substances chimiques comparables à des hormones), dans la commune de Stabio, près de la frontière avec la Lombardie. Depuis, le même piège en a attrapé onze autres. L’apparition en Suisse du nuisible, classé organisme de quarantaine par la Confédération, n’est pas prise à la légère.

Biologiste du Service phytosanitaire cantonal, Cristina Marazzi admet que les autorités sont inquiètes. «L’an dernier, nos collègues italiens ont détruit huit tonnes de ces coléoptères. Les pièges d’un litre s’y remplissent en vingt minutes. Si le canton devait être confronté à de grandes quantités d’insectes, nous n’aurions pas les moyens de vider à cette fréquence des pièges couvrant le territoire», fait-elle valoir.

Débarqué en Europe – aux Açores (îles portugaises) – en 1970, le hanneton originaire d’Asie de l’Est était attendu au Tessin, mais pas de sitôt. Dès son apparition en 2014 en Lombardie, l’administration tessinoise a été informée. A l’été 2015, cinq pièges ont été posés près de la frontière. Mais c’est seulement depuis la fin du moins de juin de cette année que des scarabées japonais ont été capturés, dans un seul piège.

Prolifération rapide de larves

Mesurant entre 8 et 12 mm de longueur et 5 à 7 mm de largeur, les ailes cuivrées, la tête vert métallique, le Popillia japonica, de son nom scientifique, se distingue des espèces locales par la présence de cinq touffes de poils blancs sur les côtés de son abdomen et de deux taches blanches sur sa partie caudale. Ses larves infestent les pelouses, se nourrissant des racines de l’herbe.

Les adultes qui émergent vers fin mai et sévissent jusqu’en octobre (avec un pic en juillet-août), sont polyphages. Ils grignotent les feuilles de 300 espèces végétales différentes. Mais les dommages – une défoliation pouvant s’avérer fatale – concernent un nombre limité d’arbres. Les plus affectés sont notamment l’érable, la glycine, le rosier, le pommier, le mûrier, le pêchier et le citronnier vert.

Cristina Marazzi s’étonne cependant qu’on n’ait pas encore retrouvé de spécimens directement sur la végétation. «Habituellement, où il y en a un, on en retrouve rapidement des centaines», ajoute-t-elle. La grande question que se posent actuellement les experts est de savoir si le scarabée japonais saurait s’adapter aux conditions climatiques tessinoises.

Dans les foyers importants des provinces italiennes de Lombardie comme Varèse, les terrains, notamment des prairies destinées à la fauche, sont constamment irrigués. «Les pluies toujours plus violentes au Tessin, pourraient favoriser leur implantation», note la biologiste. Pour le moment, la flore de la zone où les coléoptères ont été saisis est étroitement surveillée et la population est appelée à signaler tout cas suspect.

A Berne, Alfred Klay du Service phytosanitaire de l’Office fédéral de l’agriculture vient de donner le feu vert pour l’importation d’Italie du Popillia japonica. Objectif de l’opération: procéder à des tests de pathogénicité de champignons entomopathogènes. «Les scientifiques d’Agroscope tenteront d’identifier les souches les plus prometteuses pour combattre l’indésirable», indique-t-il. Des tests pourraient être conduits dès 2018 sur le terrain en Italie.

Eradication peu probable

Si aucun foyer d’infestation n’a encore été décelé, l’établissement du scarabée japonais au Tessin est inéluctable et son éradication peu probable, reconnaît le fonctionnaire. L’objectif de la Confédération est plutôt de réduire et de contenir sa population. Alfred Klay n’exclut pas qu’il traverse le Gothard. «Nous allons suivre de près l’évolution de la situation et essayer d’enrayer sa progression en Suisse. Nous évaluerons aussi les moyens de prévenir son passage au nord des Alpes.»

Comme plusieurs nouveaux nuisibles, le Popillia japonica arrive en Suisse par le Tessin, via l’Italie, où il a probablement été introduit par avion. «Les changements climatiques permettent à certains indésirables de se déplacer graduellement vers le nord, où ils n’auraient probablement pas survécu il y a quelques années», explique Alfred Klay. Les pays méditerranéens d’Europe – souvent très actifs du point de vue agricole et des échanges commerciaux de végétaux – offrent des conditions climatiques favorables à un éventail d’organismes plus large que le nord du continent à leur établissement, ajoute-t-il, d’où l’arrivée de nouvelles espèces invasives, susceptibles de pénétrer le pays par le sud des Alpes.

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