Cet été, «Le Temps» souffle le chaud et le froid en examinant un vent. 

Episodes précédents:

C’est une source d’amusement pour les Français: leur sèche-cheveux s’appelle un foehn de ce côté-ci du Jura. La messe est dite: un vent sec et chaud, donc. Une spécificité suisse, le mot provenant du favonius («vent doux») latin, ensuite passé par le romanche et le suisse-allemand. Mais aussi un don de la Suisse au reste du monde, l’«effet de foehn» étant aussi évoqué à propos du chinook dans les montagnes Rocheuses canadiennes et états-uniennes, ou de la zonda dans les Andes argentines.

Les randonneurs l’éprouvent dans leur chair et les scientifiques l’expliquent depuis Torricelli et Pascal: plus on monte, plus la température descend. En montagne l’air se refroidit d’un degré tous les cent mètres dans une atmosphère sèche et son humidité relative augmente, car un air froid peut contenir moins de vapeur d’eau qu’un air chaud. A une certaine altitude l’air se sature, la vapeur d’eau se condense et forme des nuages plus ou moins épais qui s’accumulent sur le versant au vent, en provoquant un effet de barrage. L’air se refroidit alors plus lentement en s’élevant à l’intérieur des nuages dans une atmosphère saturée, à raison de -0,5 à -0,6 degré tous les cent mètres.

Soupçon de folie

Parvenu au sommet, il va redescendre sur l’autre versant et se réchauffer à nouveau de 0,5 à 0,6 degré par cent mètres jusqu’à la dissipation des nuages, puis d’un degré tous les cent mètres dans une atmosphère sèche. Mais il se comprime et s’assèche également en plongeant, si bien qu’il devient plus chaud et plus sec à l’arrivée qu’au départ, à une même altitude.

L’effet de foehn, c’est ce gain de température et cet assèchement lorsqu’une masse d’air passe au-dessus d’une chaîne de montagnes. Plus cette chaîne est élevée, plus l’effet est marqué. Lors d’une tempête de foehn «historique» en novembre 1982, le Journal de Genève indiquait ainsi qu’il faisait 2°C dans la plaine du Pô et 20 à Zurich au même moment! Ce jour-là, le vent avait atteint 180 km/h dans la vallée de la Reuss.

Le foehn est un habitué des vallées alpines, c’est seulement par fort gradient de pression (voir l’épisode 2 de cette série, consacré au joran) qu’il souffle jusque sur le Plateau. C’est le foehn qui explique les nuits tropicales suisses – quand le mercure reste supérieur à 20°C. Une vieille légende veut qu’il rende fou. En 1933, une étude scientifique a lié des épisodes de foehn à des maux de tête et de la fatigue chez les étudiants d’Innsbruck, et en 2020 une corrélation a été établie avec le nombre d’admissions pour blessures graves aux urgences en Bavière. Le foehn, vent triste.

Grand merci à Jean-Michel Fallot, de l’Université de Lausanne, et à Lionel Fontannaz, de Meteosuisse, pour leurs précieux conseils.

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