En société, il est prudent de mentionner que les cerveaux des hommes et des femmes sont rigoureusement identiques. Cela donne aux hommes une certaine grandeur et leur assure des soirées calmes. Pourtant, des tests simples révèlent que les femmes réussissent mieux que les hommes à identifier les émotions exprimées par des visages anonymes. A l’inverse de cette «intelligence empathique», les hommes sont légèrement plus à l’aise dans des exercices d’intelligence dite «analytique», consistant à trouver une forme géométrique dans un foutoir.

D’où viennent ces différences? Simon Baron-Cohen, à Cambridge, considère que la testostérone présente dans le liquide amniotique en est la cause. Ce liquide dans lequel le fœtus baigne pendant la grossesse peut en effet contenir des quantités très variables de cette hormone. Or, un niveau élevé pourrait masculiniser le cerveau et ainsi le rendre moins empathique. Cette hypothèse résulte d’études faites grâce à des échantillons liquides congelés au fil des ans dans les hôpitaux, suite à des ponctions faites pour détecter des anomalies chromosomiques.

On peut donc décongeler un échantillon, en mesurer le niveau de testostérone et aller aussitôt examiner le bipède qui a baigné dedans neuf mois durant. Mais doit-on rendre ce matériel accessible aux chercheurs? Faut-il dire à une femme de 25 ans qu’elle a passé sa vie intérieure dans un milieu rempli de testostérone et que, par conséquent, elle aurait plutôt un cerveau d’homme? Ou dire à un homme discret et bienveillant qu’il n’a pas trempé dans le bon jus? Bref, les problèmes éthiques ne vont pas manquer.

Cependant, le jeu en vaut la chandelle, car si cette hypothèse se confirme, il suffira d’ajuster la dose d’hormone dans le liquide amniotique par une petite injection en début de grossesse, pour formater les cerveaux aux normes fédérales. Des minima d’empathie et de capacité analytique pourraient alors être fixés par une ordonnance, après consultation populaire, mettant ainsi fin aux querelles incessantes sur les capacités des unes et des autres. Avant de penser à l’égalité salariale, prenons les choses dans l’ordre, pensons à l’égalité amniotique.

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De l’intelligence à la fois analytique et empathique, il en aura fallu un paquet au Dr Adam Ostrzenski, de Saint Petersburg, en Floride, pour finalement localiser le mystérieux et fantasmatique «point G» chez les femmes (CBS News du 25.04.2012). Pour les hommes distraits – mais bienveillants –, une application iPhone avec GPS serait bientôt disponible.

* Directeur du pôle de recherche national Frontiers in Genetics