Souvent qualifiée de poumon vert de la planète, la forêt amazonienne serait en train de devenir une source d’émission de CO2. Selon une étude publiée ce mercredi dans la revue scientifique Nature Climate Change, une grande partie du bassin amazonien, jusqu’ici considéré comme un puits à carbone, émet désormais une plus grande quantité de ce gaz à effet de serre qu’il n’en absorbe. La partie sud-est de l’Amazonie est en particulier concernée.

Jusqu’à présent, l’observation satellite n’avait pas permis de répondre à cette question avec certitude en raison des nuages qui couvrent régulièrement la région. Pour parvenir à cette conclusion, les chercheurs ont analysé les concentrations de dioxyde de carbone et de monoxyde de carbone au-dessus de la forêt à différentes altitudes jusqu’à 4,5 km d’altitude. Ces 600 mesures couvrent une période allant de 2010 à 2018.

Ces résultats viennent appuyer le constat fait par une autre équipe de chercheurs un peu plus tôt dans l’année. En avril dernier, une étude également publiée dans la revue Nature Climate Change et utilisant des observations satellites, estimait qu’entre 2009 et 2019, la forêt amazonienne avait relâché 20% de CO2 de plus que la quantité qu’elle avait absorbée.

Des températures moyennes en hausse de 3°C

Les incendies qui ravagent la forêt et la déforestation font partie des facteurs avancés pour expliquer ce phénomène. «La première très mauvaise nouvelle est que les feux produisent environ trois fois plus de CO2 que la forêt n’en absorbe. La deuxième mauvaise nouvelle est que les endroits où la déforestation est de 30% ou plus affichent des émissions de carbone 10 fois plus élevées que celles où la déforestation est inférieure à 20%», souligne Luciana Gatti de l’Institut national de recherche spatiale au Brésil, qui a dirigé ces recherches, citée par The Guardian.

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Le changement climatique en lui-même est aussi avancé comme facteur explicatif. Dans cette région, soulignent les auteurs, les températures ont augmenté de 3 °C environ par rapport à la période préindustrielle. Soit une augmentation trois fois plus importante que la moyenne mondiale. Il en résulte un stress hydrique plus important lors de la saison sèche, donc plus d’arbres morts et un risque accru d’incendie.

Le phénomène entretient un cercle vicieux puisque la diminution du nombre d’arbres et la dégradation de la forêt entraînent une diminution de l’humidité relâchée dans l’air et une diminution des chutes de pluie. Les chercheurs soulignent que cette évolution risque de toucher durement le Brésil, son agriculture et ses ressources en énergie hydroélectrique si les précipitations devaient diminuer.

Un mois de juin record

Cette publication intervient alors que le mois de juin 2021 a établi un record en termes de surface déforestée depuis 2015 et le début des observations de l’Institut national de recherches spatiales (INPE). Au premier semestre de l’année, la déforestation était en augmentation de 17% par rapport à 2020. Depuis l’arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro, ce processus est reparti à la hausse.

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En juin, le nombre d’incendies a aussi atteint son plus haut niveau depuis 2007 avec 2308 foyers enregistrés. L’essentiel de ces feux est provoqué par la main humaine pour défricher de nouveaux terrains agricoles.

Cette inversion du phénomène de l’absorption du CO2 au niveau du bassin amazonien va contribuer à une accélération du réchauffement climatique à l’échelle globale. Depuis les années 60, on estime que la végétation et les sols sont parvenus à absorber un quart des émissions de CO2 malgré une augmentation de plus de 50% sur la période. L’Amazonie a joué un rôle important dans cette absorption et stockerait actuellement 450 milliards de tonnes de CO2.

La dégradation de la forêt amazonienne est considérée comme un point de bascule clé qui pourrait mener à un changement climatique irrémédiable à l’instar de la fonte des calottes glaciaires, du dégel du permafrost ou de la disparition des récifs coralliens.

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