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François Huber ne voyait rien mais observait tout

Un savant genevois spécialiste des mœurs des abeilles

Un savant genevois spécialiste des mœurs des abeilles

François Huber ne voyait rien mais observait tout

«Notre concitoyen, M. Edouard Bertrand, qui dirige la Revue internationale d’apiculture , est le plus heureux des directeurs de journaux. […]

Il a eu récemment [le bonheur] de découvrir toute une série de lettres inédites de François Huber, cet admirable et presque illustre aveugle à qui, après Réaumur, nous devons presque tout ce que nous savons sur les mœurs des abeilles: leur ­politique, car elles en ont une, celle d’une monarchie constitutionnelle ou plutôt d’une démocratie représentative où l’on élit le président: c’est lui qui nous a le mieux renseignés sur la façon dont elles construisent la ruche, il a découvert comment elles la ventilent pour en renouveler l’atmosphère intérieure, comment elles font la cire et construisent leurs rayons, comment elles nourrissent leurs larves et il a confirmé, avec le secours des yeux d’autrui, la grande découverte du pasteur allemand [Adam Gottlob] Schirach de l’art qu’elles ont de transformer par un simple changement dans la nourriture une larve d’ouvrière en une larve de reine. […]

La plus grande partie de ces nouvelles lettres étaient adressées à une jeune cousine, Mlle Elisa de Portes à Bois d’Ely, près Crassier, qui, intéressée par les travaux de son célèbre parent, lui avait demandé quelques conseils pour l’établissement d’un rucher et pour la façon de l’observer. Ce sont ces lettres religieusement conservées par la titulaire – elle vit encore à un âge avancé – qui ont été offertes à M. Bertrand et publiées par lui dans sa revue.

Ceux qui, dans leur jeunesse, et ils sont nombreux, ont lu, nous pourrions dire dévoré les livres de Huber, ont été heureux plus qu’ils ne peuvent l’exprimer de retrouver dans ces lettres leur vieil ami, avec sa curiosité naïve et communicative, ses joies d’enfant quand il a fait quelque découverte, son amour de la petite famille bourdonnante et travailleuse à laquelle il avait consacré sa vie et qu’il aimait d’une tendresse particulière. C’est le même style tout à la fois simple et imagé sans prétention à l’être, qui nous fait vraiment voir ce qu’il décrit, cette même bonhomie qui montre naïvement la joie des découvertes, sans qu’on puisse y découvrir ni gloriole ni arrière-pensée personnelle.

Comme observateur, il est impeccable. Son éditeur actuel – il s’y connaît – nous dit que sauf la ­parthénogenèse, à peu près tout ce que nous savons aujourd’hui des abeilles est déjà dans Huber et nous vient de lui. Si ces lettres ne contiennent rien d’absolument neuf, elles ajoutent de nombreux détails à ce que nous savions déjà sur la vie et les mœurs de la ruche, et leur style familier leur donne un charme de plus: c’est moins la dissertation d’un savant que la causerie d’un brave homme sur son sujet favori. […]

Bien que ces lettres n’aient paru que dans un recueil spécial et que le tirage à part que nous avons sous les yeux ne soit pas destiné à la mise en vente, nous avons pensé qu’une publication de cet intérêt ne devait pas passer inaperçue et que, même en dehors du monde des apiculteurs, bien des gens seraient heureux d’apprendre qu’on venait de découvrir de nouvelles lettres de François Huber et que, quoique vieilles de soixante-dix ans, elles n’en sont pas moins pleines de fraîcheur et agréables à lire. Quel dommage qu’on ne puisse pas le faire savoir dans ces ruches où, de mère en fils ou plutôt de tante en nièce, on a peut-être conservé le souvenir du vieil ami qui, ne voyant rien, observait tout, qui ne faisait jamais de mal et que l’on n’a jamais piqué. »

« Son amour de la petite famille bourdonnante et travailleuse à laquelle il avait consacré sa vie et qu’il aimait d’une tendresse particulière »

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