L’anthropologue et essayiste féministe Françoise Héritier est décédée ce mercredi, annoncent plusieurs médias français. Le Huffington Post indique avoir reçu la confirmation de sa maison d’édition, Odile Jacob.

Elève de Claude Lévi-Strauss à qui elle a succédé au Collège de France, Françoise Héritier a étudié de façon exhaustive le système de filiation des Samo du Burkina Faso dans les années 1960. A partir de ce travail de terrain, elle a élargi sa réflexion aux questions d’identité sexuelle, à l’inceste, à la violence. Elle a publié sur ces sujets des livres essentiels qui touchent un public beaucoup plus large que le cercle des ethnologues.

Son dernier grand succès a été Le Sel de la vie, en 2012, un livre en forme de collection de petits plaisirs susceptibles d’illuminer nos existences. Elle avait poursuivi avec Le Goût des mots, en 2013. Elle venait de publier Au gré des jours, toujours chez Odile Jacob.

Ses derniers propos au «Monde»

Dans une récente interview au Monde, questionnée sur le thème de la domination masculine, elle avait répondu: «C’est le cas depuis la nuit des temps, alors même que cette hiérarchie entre les sexes est une construction de l’esprit et ne correspond à aucune réalité biologique. Hommes et femmes ont les mêmes capacités physiques, cérébrales et intellectuelles. Mais la domination des hommes, qui structure toutes les sociétés humaines, est partie du constat, fait par nos ancêtres préhistoriques, que seules les femmes pouvaient faire des enfants: des filles, ce qui leur semblait normal, mais également des garçons, ce qui les stupéfiait.»

A propos des nombreuses prises de parole ces temps dans le sillage de l’affaire Weinstein, elle lançait: «Je trouve ça formidable. Que la honte change de camp est essentiel. Et que les femmes, au lieu de se terrer en victimes solitaires et désemparées, utilisent le #MeToo d’Internet pour se signaler et prendre la parole me semble prometteur. C’est ce qui nous a manqué depuis des millénaires: comprendre que nous n’étions pas toutes seules!»

A propos d’un livre d’hommages: Françoise Héritier, une érudite révolutionnaire et engagée

(Notre hommage suivra.)