Le cannabis donne faim, c’est un fait: les fumeurs ne peuvent s’empêcher de dévaliser leurs frigos, nous rapporte le magazine The Scientist. Qu’est-ce qui provoque un tel comportement? La question intéresse les neurobiologistes. Outre une meilleure connaissance des réseaux neuronaux impliqués, cela permettrait de produire des médicaments aiguisant l’appétit, dont certains malades ont un grand besoin.

Une équipe de biologistes de la faculté de médecine de Yale aux Etats Unis vient de publier dans la revue Nature une étude sur le sujet. Leurs conclusions indiquent que les fringales subites sont dues à un retournement de veste de certaines cellules cérébrales, les neurones à pro-opiomélanocortine (ou POMC).

Situées dans l’hypophyse, le siège de nombreuses fonctions de régulation dont celle de l’appétit, ces neurones sont justement connus pour couper la sensation de faim. «Leur ablation ou leur neutralisation rend les souris obèses», a confirmé à The Scientist le Dr Roger Cone (ça ne s’invente pas), de l’Université Vanderbilt. Sauf que ces neurones POMC sont également capables d’ouvrir l’appétit, ce que les chercheurs ignoraient.

L’équipe de Yale menée par Tamas Horvath a ainsi été surprise de découvrir que des souris ayant ingéré un analogue du THC, le principe actif du cannabis, avaient des neurones POMC non pas désactivés, comme ils s’y attendaient, mais excités, comme lorsqu’elles sont repues. «Comment ces neurones, qui agissent comme un frein à l’appétit, deviennent subitement un accélérateur?» s’interroge le Dr Horvath.

La réponse est venue d’expériences réalisées in vitro avec les neurones POMC. La pro-opiomélanocortine qu’ils synthétisent, à qui ils doivent leur nom, est une protéine qui entre en jeu lors de la fabrication d’une hormone, la α-MSH, responsable de la satiété. Mais sous l’effet du cannabis, la pro-opiomélanocortine fabrique une autre hormone, la β-endorphine, qui a l’effet exactement inverse.

Fumer de l’herbe changerait donc la fonction d’une protéine dans certains neurones qui agiraient alors de manière diamétralement opposée sur l’appétit. Il existe sans doute d’autres mécanismes entrant en jeu. Une étude précédente publiée dans Nature Neuroscience avait démontré que le cannabis augmentait le sens de l’odorat chez la souris, favorisant son appétit.