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Satellites du système européen Galileo
© (ESA)

GEOLOCALISATION

Avec Galileo, l’Europe s’affranchira dès 2017 du GPS américain

Complémentaire et concurrent du GPS américain, le système de positionnement européen franchira une étape cruciale, ce jeudi, avec le lancement de quatre nouveaux satellites. Un grand pas vers l’indépendance de Vieux Continent en matière de localisation

«La déclaration des services initiaux est très proche!» A la Commission européenne, on ne boude pas son plaisir. Avec sept ans de retard, la constellation de satellites européens de positionnement Galileo devrait proposer ses premiers services au début de 2017. Un optimisme qui serait renforcé par un succès du lancement de quatre satellites supplémentaires (neuf sont déjà opérationnels), ce jeudi 17 novembre à bord d’une fusée Ariane 5, depuis la base de Kourou (Guyane Française).

Imaginé dans les années 1990, Galileo entend assurer l’indépendance de l’Union Européenne (UE) en matière de localisation par satellite, aujourd’hui dominée par le GPS américain. Celui-ci diffuse un signal ouvert à tous, mais qui peut, à tout instant être crypté, sur décision du Pentagone, l’opérateur du GPS. «L’indépendance européenne est l’une des raisons d’être de Galileo, explique un membre de la Commission Européenne, à Bruxelles, qui a demandé l’anonymat. La surprise de l’élection présidentielle américaine, et les bouleversements géopolitiques qu’elle pourrait provoquer, confirment que le projet Galileo était visionnaire.»

De plus, les équipements et services de localisation par satellite représentent un marché gigantesque, avec déjà près de 4 milliards de récepteurs – 7 milliards attendus en 2019. Le marché global des seuls composants pour la localisation atteignait déjà 50 milliards d’euros en 2014, il pourrait doubler d’ici 2019. Un pactole aujourd’hui dominé par le GPS américain, mais aussi convoité par la Russie, dont le système Glonass est largement utilisé par les appareils grand public, notamment les smartphones, et la Chine, qui a entamé la mise en orbite de sa constellation globale BeiDou, déjà opérationnelle sur une partie de l’Asie. La bonne nouvelle, c’est que tous ces systèmes sont en principe interopérables: fabricants de composants combinent les signaux des différents systèmes pour offrir la meilleure précision possible.

Lire aussi: Galileo, le GPS européen, prêt à s’envoler

Après 14 lancements, la constellation Galileo ne comporte aujourd’hui que neuf satellites opérationnels. Un autre ne fonctionne pas, deux sont placés sur une mauvaise orbite et font l’objet de tests pour savoir s’ils pourront être utilisés, et deux sont en cours de mise en service. «L’objectif est de disposer en orbite, en 2020, de 24 satellites opérationnels, plus 6 autres disponibles en cas de panne», explique-t-on à Bruxelles. C’est à ce moment-là que l’ensemble des services de localisation, notamment commerciaux, seront activés.

En attendant, l’UE se prépare à enclencher les deux premiers services qui reposent sur les neuf engins déjà opérationnels en orbite. Le premier est un service public et gratuit, à l’image du GPS américain. «Notre engagement, dans ce cadre, est de fournir des signaux en complément du GPS pour améliorer la précision de la localisation», détaille-t-on à Bruxelles. Autrement dit, ces signaux ne suffiront pas, dans un premier temps, à garantir une localisation avec le seul système européen. «Ce sera le cas quand l’ensemble de la constellation sera en orbite, avec une disponibilité des signaux de 99%.»

Meilleur que le GPS

Galileo devrait afficher de meilleures performances que son principal concurrent, le GPS. «Ses signaux sont émis à deux fréquences radio différentes, contre une pour le GPS, précise Tiziano Sassorossi, de Thales Alenia Space, la société industrielle en charge de Galileo. Cela permet de compenser certains phénomènes qui perturbent les signaux et augmentent l’erreur de localisation.» Notamment l’impact de l’ionosphère, une couche électriquement très active de la haute atmosphère. Les Américains préparent d’ailleurs une nouvelle génération de GPS, dotés d’une double fréquence publique.

Le système européen devrait également s’avérer un peu plus précis que le GPS en zone urbaine, où les satellites sont souvent masqués par les constructions. Enfin, Galileo est doté d’une troisième fréquence de signaux, réservée à des récepteurs spécifiques destinés aux services commerciaux et aux gouvernements. Ses caractéristiques ne seront pas rendues publiques.

Utile pour le sauvetage

«Une fois la constellation complète, la précision des signaux publics devrait être horizontalement de 4 mètres, et verticalement de 8 mètres, précise Tiziano Sassorossi. Associé au réseau européen de stations au sol Egnos, la précision horizontale de Galileo sera meilleure qu’un mètre et la précision verticale voisine d’un mètre.» Un seuil vertical critique pour certaines applications, notamment la navigation aérienne. Ces stations Egnos – une quarantaine est répartie sur le sol européen, de la Sicile à l’archipel du Svalbard (Norvège) – évaluent les perturbations des signaux des satellites, et diffusent, par radio, des informations de correction.

L’ouverture des services initiaux de Galileo permettra aussi un grand pas en matière de recherche et de sauvetage. La constellation est en effet équipée d’instruments qui complètent le réseau international Cospas-Sarsat. «Nos satellites pourront recevoir et relayer le signal des balises de détresse à 406 MHz, ce qui renforcera la réactivité du dispositif de recherche et sauvetage», explique-t-on à Bruxelles. Mieux, à partir de 2020, une «voie de retour» sera ouverte: «Quand Galileo aura capté et relayé un signal de détresse, il préviendra la balise de détresse qui l’a émis.» Un accusé de réception qui devrait apporter un peu de baume au cœur des navigateurs en danger.

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