Alors que des centaines de milliers de visiteurs sont attendus dans les semaines à venir au Brésil pour les jeux Olympiques, le virus Zika continue de circuler dans le pays, et plus largement en Amérique latine et dans les Caraïbes. Il existe donc un risque pour les voyageurs qui se rendent dans ces zones d’être contaminés, et pourquoi pas de propager le virus une fois de retour chez eux. Bien que généralement bénin, Zika peut occasionner de sévères complications, en particulier des malformations du cerveau chez les nouveau-nés dont la mère a été infectée pendant la grossesse. Quels sont les risques réels liés aux JO? Etat des lieux en 3 points.

Où en est l’épidémie?

Transmis par des piqûres de moustiques du genre Aedes ou par voie sexuelle, le virus Zika a commencé à se répandre au printemps 2015 au Brésil, et circule désormais dans 42 pays des Amériques. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), qui estime que le virus pourrait contaminer 3 à 4 millions de personnes cette année, en a fait au mois de février une «urgence de santé publique internationale». Plus d’un million et demi de personnes auraient déjà été infectées au Brésil, le pays le plus touché. Le nombre de nouvelles contaminations y diminue depuis plusieurs semaines, mais il progresse désormais dans d’autres pays dont le Costa Rica, l’Equateur, le Guatemala, la Jamaïque et le Mexique.

Par ailleurs, une dizaine de cas ont été signalés aux Etats-Unis, notamment en Floride, chez des personnes n’ayant pas voyagé dans des régions épidémiques. «On sait qu’une partie des Etats-Unis mais aussi le pourtour méditerranéen sont des zones propices à la transmission potentielle du virus, car elles abritent des populations de moustiques du genre Aedes susceptibles de transmettre le virus s’il est importé, explique Christoph Hatz, spécialiste de la médecine tropicale à l’Université de Bâle et à l’Institut tropical suisse SwissTPH. Il est presque surprenant qu’il n’y ait pas davantage de contaminations autochtones dans ces régions.» En Suisse, l’Office fédéral de la Santé Publique (OFSP) a recensé depuis le début de l’année 28 cas de voyageurs revenus des Amériques porteurs du virus Zika. Une transmission locale du virus ne peut pas être exclue, du fait de la présence du moustique Aedes albopictus, en particulier au Tessin. Mais la densité de ces insectes étant faible, le risque apparaît très ténu.

Le virus va-t-il encore progresser du fait des JO?

Au mois de mai, près de 200 scientifiques internationaux avaient signé un appel demandant le report ou le déplacement des JO de Rio, en raison du risque de propagation du virus Zika. Pourtant, la plupart des chercheurs estiment aujourd’hui que le danger est limité. D’abord, parce que c’est actuellement l’hiver dans l’hémisphère Sud, une période peu favorable aux moustiques et donc à la transmission de la maladie. Ensuite, le nombre de visiteurs des JO, bien qu’important, ne représente qu’une infime partie des déplacements vers les Amériques. «De plus, à Rio même, de nombreuses campagnes d’éradication des moustiques ont été entreprises aux alentours des équipements sportifs», souligne Christoph Hatz. Une étude publiée fin juillet dans la revue américaine «Annals of Internal Medecine» a estimé, en s’appuyant sur un modèle mathématique, qu’au maximum quelques dizaines de personnes qui assisteront aux JO ramèneront le virus dans leur pays d’origine.

Quels sont les risques pour les voyageurs?

Asymptomatique dans environ 80% des cas, le virus Zika peut aussi entraîner de la fièvre, des éruptions cutanées et des douleurs musculaires, généralement sans gravité. Les inquiétudes portent essentiellement sur les femmes enceintes, en raison du risque de malformations foetales occasionnées par le virus, généralement des microcéphalies (une réduction du volume du cerveau et de la boîte crânienne du bébé). Au Brésil, des malformations suspectes du système nerveux ont déjà été enregistrées chez plus de 8 700 nouveau-nés. Le lien avec le virus Zika a pu être établi dans 1749 cas. Une étude publiée le 25 juillet dans la revue «Nature Microbiology» avance que plusieurs dizaines de milliers de bébés risquent de naître avec une affection de ce type au cours de l’épidémie. Pour la première fois en Europe, un bébé atteint de microcéphalie est né fin juillet à Barcelone après que sa mère a été contaminée lors d’un voyage en Amérique du Sud.

Devant cette situation, les experts recommandent aux femmes enceintes de ne pas se rendre dans les zones de contamination. Celles qui souhaiteraient une grossesse devraient attendre au moins trois cycles menstruels après leur retour de voyage avant de l’envisager. «Par ailleurs, le virus semble se transmettre sexuellement pendant un maximum de trois mois après l’infection, il est donc important d’avoir des rapports protégés pendant cette période en cas de suspicion d’infection», relève Christoph Hatz. Enfin, une autre complication est à redouter en cas de contamination par le virus Zika: une maladie neurologique impliquant des paralysies passagères, le syndrome de Guillain-Barré. «Cependant ce risque est faible et il n’est pas lié spécifiquement au virus Zika, de nombreuses infections tropicales, notamment des maladies diarrhéiques, pouvant aussi occasionner cette maladie», mentionne Christoph Hatz.


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