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La surface d'Encélade prise par la sonde Cassini 
© NASA/JPL-Caltech/Space Science Institute

Exobiologie

Du gaz sur une lune de Saturne? La vaporeuse annonce de la Nasa

L'agence spatiale américaine a une nouvelle fois suscité la curiosité jeudi soir, avec des révélations sur des processus océaniques et gazeux ayant peut-être lieu sur Encelade, l'une des lunes de Saturne. Analyse en trois questions

C'est un coup médiatique savamment orchestré, mais auquel on ne peut résister. La Nasa a envoyé cette semaine un communiqué de presse aux journalistes suggérant des «découvertes à propos d'océans extra-terrestres». Rendez-vous était donc donné jeudi à 20 heures, heure suisse, afin d'en savoir plus.

■ Qu'a découvert la Nasa?

Tout simplement que des traces d'hydrogène ont été détectées à la surface d'Encelade, l'un des satellites de Saturne, par la sonde américano-européenne Cassini et le télescope spatial Hubble. L'annonce était en fait déjà connue de nombreux journalistes scientifiques recevant en avance et sous embargo les sommaires de la revue «Science». Une étude publiée par Hunter Waite et ses collègues du Southwest Research Institute à San Antonio au Texas indique avoir détecté la présence de ce gaz dans des geysers à la surface d'Encelade.

La découverte est intéressante, car elle ouvre la voie à de folles hypothèses. Se demandant d'où peut provenir ce gaz, les auteurs suggèrent en effet qu'une source possible serait l'activité hydrothermale ayant lieu sous la surface d'océans situés entre la calotte de glace et la croûte rocheuse d'Encelade, petit caillou de 500 km de diamètre en moyenne. 

■ Quel rapport avec la vie extra-terrestre?

C'est ici que le conditionnel s'impose. A partir de cette première idée, la même équipe s'est demandé si de la vie extra-terrestre pouvait exister dans ces océans souterrains. Sur Terre, l'activité hydrothermale existe aussi. Ces cheminées volcaniques situées au fond des océans constituent de remarquables écosystèmes propices à la vie, malgré les conditions abominables pour tout être humain (températures extrêmes de l'eau et pression colossale). 

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Poursuivant les analyses, Hunter Waite et son équipe ont donc tenté de déduire - et non de détecter, la nuance a ici son importance - la présence et la quantité d'espèces gazeuses volatiles dans les geysers observés. D'après leurs estimations, il devrait y avoir 1.4% d'hydrogène dans la vapeur de ces geysers, et jusqu'à 0,8% de dioxyde de carbone, deux ingrédients nécessaires à la réaction de méthanogénèse, qui est utilisée par les microorganismes vivant dans les ténèbres des profondeurs marines.

Il n'y a donc, à ce stade, aucune observation ou preuve scientifique que la méthanogénèse ait bien lieu sur cette planète, et encore moins que de la vie puisse s'y développer.

■ Pourquoi un tel raout médiatique?

La Nasa est experte dans l'art d'embellir ses annonces. Surtout lorsque des programmes scientifiques sont sur le point de s'achever – la sonde Cassini doit finir sa course folle en septembre prochain –, ou que d'autres doivent bientôt démarrer. En l'occurrence, la sonde Europa Clipper, prévue pour 2020, doit se rendre près d'Europe, satellite de Jupiter, afin d'examiner plus en détail si celle-ci abrite ou non des formes de vie. Et en ces temps incertains pour la recherche spatiale et, plus généralement, pour la recherche scientifique américaine, on ne peut pas leur en vouloir d'insister sur le potentiel de telles missions.

Reste qu'en suscitant autant d'attente, pour des études finalement plus riches en suppositions qu'en véritables résultats, la Nasa prend le risque de décevoir le grand public. Mais, au vu des réactions enthousiastes sur les réseaux sociaux, son capital sympathie demeure, pour l'heure, intact.

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