Génétique

Le gène qui fait paraître plus jeune

Des chercheurs ont découvert pourquoi à âge égal, certaines personnes ont l’air plus âgées que d’autres. Une variante du gène MCR1 permet de paraître jusqu'à deux ans plus jeune

Et si le secret de la jeunesse éternelle se trouvait dans les gènes? Une étude parue le 28 avril dans la revue Current Biology révèle que les personnes porteuses d’une certaine variante du gène MCR1 dans leur ADN ont l’air d’avoir deux ans de plus en moyenne que leur âge réel. Ce gène expliquerait en partie pourquoi certaines personnes semblent plus âgées et d’autres plus jeunes que leur âge.

Il avait déjà été démontré que l’âge perçu permet de prédire l’état de santé d’une personne. A partir de ce constat Manfred Kayser, généticien au centre médical Érasme de Rotterdam et son collègue David Gunn scientifique pour la multinationale anglo-néerlandaise Unilever ont recherché d’éventuelles associations entre les gènes et l’âge perçu.

Vingt-sept évaluateurs ont estimé l’âge de 2 600 personnes néerlandaises âgées de 50 à 80 ans à partir de photographies de leur visage. Les chercheurs ont ensuite séquencé le génome de ces personnes à la recherche de variantes de gènes associées à une différence d’âge perçu. Un gène est ressorti: le gène MCR1, indépendamment de l’âge, du sexe, de la couleur de peau et de la quantité de rides ou de «taches de vieillesse» de la personne âgée. Les génomes de 1 700 autres personnes provenant de deux grandes études européennes similaires ont confirmé cette découverte.

Européens à peau blanche

Alan Cohen, biologiste à l’Université de Sherbrooke au Canada se dit «globalement convaincu» par cette étude. Il émet tout de même des doutes concernant l’universalité des résultats: «Les trois banques de données utilisées sont très similaires. Seuls des individus âgés, européens à la peau blanche ont été étudiés.» Les auteurs en sont conscients. «Nous avons commencé à étudier des sujets non-européens», indique Manfred Kayser.

Le gène MCR1 est essentiellement connu pour son rôle dans la coloration de la peau et le cancer de la peau. Il code une protéine, le récepteur de la mélanocortine 1, responsable de la production de la mélanine, un pigment cutané.

Mais il a récemment été découvert que MCR1 joue également un rôle dans d’autres processus biologiques, tels que l’inflammation et la réparation des dommages de l’ADN, deux phénomènes directement impliqués dans le vieillissement cellulaire. D’après les auteurs cela expliquerait pourquoi MCR1 est lié à une apparence plus ou moins jeune.

Quel est le fonctionnement de ces processus? L’inflammation est une réaction naturelle de notre corps pour se protéger contre les agressions. Elles peuvent être physiques comme le chaud ou le froid ou chimiques occasionnées notamment par des composés acides ou basiques ou des toxines bactériennes. Ces agressions peuvent également être dues à la présence d’organismes pathogènes dans le corps. L’inflammation accélère la production de radicaux libres, produits par le système immunitaire. Si l’inflammation persiste, l’accumulation de radicaux libres provoque un stress oxydatif qui peut endommager l’ADN. Une cellule qui aurait accumulé une grande quantité de dommages à son ADN est fatalement destinée à mourir. Voilà pourquoi la capacité de réparation de l’ADN d’une cellule est essentielle. Elle assure l’intégrité de son génome et donc son fonctionnement et par voie de fait celui de l’organisme entier.

Une régulation surmenée

Phénomène multifactoriel, le vieillissement cellulaire est loin d’être compris. «Le raccourcissement des télomères (les extrémités des chromosomes, NDLR), le stress oxydatif et l’inflammation chronique sont les trois causes les plus communément admises», explique Alan Cohen. D’après lui, «le vieillissement est globalement dû à un dérèglement des systèmes physiologiques. La régulation qui se fait en continu dans notre organisme n’arrive plus à pallier les pressions venant de l’environnement. Par exemple, un stress psychologique en continu mènera à une augmentation du taux de cortisol dans le corps. Cette hormone est en général résorbée mais si le stress perdure, le taux de cortisol restera élevé. Ce problème en causera d’autres, et ainsi de suite, en effet boule de neige.»

Sachant la complexité du système de vieillissement, les auteurs de l’étude notent que le gène MCR1 n’est qu’un des nombreux facteurs influençant l’âge perçu. «L’apparence peut être influencée par les gènes mais aussi par l’environnement et le comportement d’un individu, précise Alan Cohen. Le fait de fumer par exemple engendre un vieillissement plus rapide.» Avoir de bons gènes n’est pas suffisant si l’hygiène de vie est mauvaise.

L’Office fédéral de la santé publique l’a bien compris, en s’emparant de la crainte populaire du vieillissement pour sa campagne 2016 de prévention du tabagisme «SmokeFree». «A quoi ressemblerez-vous dans vingt ans si vous fumez?» Avec des images choc montrant visages ridés et cheveux blancs, il y a de quoi persuader les fumeurs d’éteindre leur cigarette. La santé publique n’est pas le seul domaine qui pourrait voir ces recherches avec intérêt. Il y a évidemment la cosmétique, la présence parmi les auteurs d’un chercheur d'Unilever, qui possède de nombreuses marques dans ce secteur, n’étant pas un hasard. Sans oublier la médecine légale. La possibilité de prédire l’âge et l’apparence d’un inconnu à partir de son ADN pourrait révolutionner les enquêtes de police.

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