La tour de contrôle. C'est le nom que les chercheurs de l'équipe de Denis Duboule, professeur au Département de zoologie et de biologie animale de l'Université de Genève, ont donné à un morceau d'ADN qu'ils viennent de découvrir. Son vrai nom est GCR (pour Global Control Region), comme il apparaît dans l'article paru dans la revue Cell du 2 mai. Cette séquence d'environ 40 000 «lettres» règle en effet l'expression de plusieurs gènes en même temps. La surprise est d'autant plus grande que plusieurs des gènes qui sont sous l'autorité de ce GCR, parfois situés à bonne distance de lui, n'ont à première vue rien à voir les uns avec les autres. Ils ne forment pas une «famille».

«Le sujet principal de notre travail est de comprendre comment les doigts se mettent en place, notamment lors du développement d'un embryon de souris, précise un des auteurs, François Spitz. Nous connaissons depuis longtemps déjà une série de gènes impliqués dans ce processus. Il nous manquait le déclencheur ou le régulateur, bref la séquence d'ADN qui décide où et quand ces gènes doivent se mettre à fonctionner.»

Cette séquence – le GCR – a été découverte, ce qui mérite en soi une publication digne d'intérêt. Ce à quoi les chercheurs ne s'attendaient pas, c'est que la zone d'influence du GCR est plus étendue que prévu. Lorsque celui-ci «allume» les gènes impliqués dans la fabrication des doigts, il en fait de même avec d'autres gènes qui ne jouent toutefois aucun rôle visible dans cette fonction – mais ce rôle pourrait bien être indirect, suggèrent les scientifiques. Autre particularité: le GCR se retrouve, au moins, chez la souris, l'homme et le poisson Tetraodon nigroviridis. Et le degré de conservation, malgré les millions d'années d'évolution qui séparent ces espèces, est remarquable. Ce qui démontre son importance.

Cette découverte confirme que le contrôle de l'expression des gènes est plus compliqué que prévu – au début on pensait que chaque gène avait son propre «régulateur» situé juste à côté de lui. Selon les scientifiques, il se pourrait bien que l'ensemble du génome soit divisé en vastes territoires, gérés par des contrôleurs du type de GCR.