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«Rosa sulphurea». Estampe coloriée à la main de Kono Bairei (1844-1895), tirée du recueil «Kusa Bana Hyakushu» (Cent variétés de fleurs), Tokyo, Yamada, 1901. 
© Florilegius/Leemage

Botanique

Le génome de la rose dévoile ses secrets

Une étude parue lundi dans «Nature Genetics» permet d’en savoir davantage sur les gènes responsables de la couleur ou du parfum de la rose. Cette découverte pourrait avoir un impact sur la façon de cultiver la «reine des fleurs»

Faisant partie des plantes les plus cultivées au monde, la rose est jusqu’à maintenant restée énigmatique pour les chercheurs. Une étude parue lundi 30 avril dans Nature Genetics lève le voile sur le génome de «la reine des fleurs». Les chercheurs ont notamment identifié des gènes, jusque-là inconnus, responsables de certaines caractéristiques, comme une couleur ou un parfum donné, ce qui pourrait permettre d’améliorer le processus de sélection de la fleur.

Le génome de nombreuses espèces végétales a été décodé ces dernières années, grâce aux progrès effectués dans le domaine du séquençage, devenu beaucoup plus rapide et bon marché. Longtemps cantonné à des espèces de laboratoire, telles que l’arabette des dames ou Arabidopsis thaliana, ce type d’analyse concerne maintenant de plus en plus de plantes cultivées. «Cela nous permet de mieux comprendre les spécificités d’une variété ou d’une autre, indique Mathieu Perret, conservateur au Jardin botanique de Genève. Dans le cas de la rose, c’est notamment intéressant si l’on veut cibler un parfum spécifique.»

Nous avons pu reconstituer intégralement les sept chromosomes de la rose et nous pouvons maintenant les consulter pour mieux comprendre quels gènes sont impliqués dans certaines caractéristiques de la plante

Mohammed Bendahmane

La séquence génétique de plantes telles que le fraisier ou le pommier est connue depuis respectivement sept et huit ans. Si le séquençage du génome de la rose n’est ainsi pas une première dans le monde des plantes cultivées, «la qualité obtenue est sans précédent», explique Mohammed Bendahmane, directeur du groupe de recherche lyonnais ayant conduit l’étude. Il faut comparer le séquençage du génome à la lecture d’un livre, une bonne qualité signifie une lecture plus facile et une meilleure compréhension. «Grâce à notre méthode, nous avons pu reconstituer intégralement les sept chromosomes de la rose et nous pouvons maintenant les consulter pour mieux comprendre quels gènes sont impliqués dans certaines caractéristiques de la plante», ajoute l’auteur de l’étude.

Origine de La France

Retracer l’origine des plantes est parfois rendu complexe par des siècles de croisements conduits par l’homme. Dans le cas du rosier, cultivé depuis l’Antiquité notamment en Chine, l’objectif était l’obtention de belles fleurs et d’agréables parfums. On estime à plus de 30 000 le nombre de variétés de rosiers actuellement disponibles dans le monde! L’une d’entre elles est particulièrement connue: La France, issue d’un croisement accidentel entre une variété française et une autre chinoise.

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Elle marquerait le passage des roses anciennes aux roses modernes, dotées de longues tiges et de grandes fleurs, idéales pour les bouquets, et ayant une floraison abondante. En comparant son génome à celui d’autres variétés issues d’Europe, du Moyen Orient et d’Asie, les chercheurs ont pu dresser une carte indiquant l’origine des gènes de La France. «Nous avons pu déterminer que deux tiers de son chromosome 3 appartiendrait à la variété chinoise Chinenses», raconte Mohammed Bendahmane. C’est ainsi à la Chine que La France doit sa floraison abondante!

L’étude a aussi permis d’identifier des gènes impliqués dans la floraison ainsi que dans la fragrance de la rose, dont certains étaient inconnus jusqu’alors. Les chercheurs ont par exemple découvert un groupe de gènes responsables aussi bien de la synthèse des anthocyanes, des pigments allant du rouge au bleu sombre, que de la production des terpènes, constituant les propriétés odoriférantes des végétaux.

Rose du futur

Pourra-t-on se servir de ces nouvelles connaissances pour créer une nouvelle rose, plus belle et plus résistante? «Notre étude permet en effet d’imaginer une plante du futur, explique Mohammed Bendahmane. Mais dans l’immédiat, elle va surtout servir à optimiser la façon de la cultiver.» Dès lors que le gène responsable d’une pigmentation (par exemple) est connu, il devient possible de l’utiliser comme marqueur de sélection. Plus besoin d’attendre la floraison pour connaître la future couleur des fleurs d’un rosier: une analyse génétique permet de s’en faire une idée juste après la germination. Le processus de sélection peut ainsi être raccourci de plusieurs semaines.

Un gain de temps précieux pour les industries du parfum ou des huiles essentielles, très impliquées dans la sélection des fleurs. Mais cette étude pourrait aussi constituer un progrès écologique: «Cette approche devrait permettre des économies d’eau, en évitant des arrosages», conclut Mohammed Bendahmane.

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