santé numérique

Gérer son diabète avec une application mobile: comment s’y retrouver?

A l’ère de l’e-santé, de nombreuses applications mobiles se développent pour aider les malades à gérer leurs pathologies chroniques, notamment le diabète. Quelques précautions sont à observer, rappellent des experts

Loïc a 34 ans. Diabétique de type 1 rencontré via l’association Diabète Vaud, il suit sa glycémie via Dexcom G6, une application mobile couplée à un capteur connecté collé sur son bras qui envoie les informations par Bluetooth à son téléphone. «C’est vraiment confortable de ne plus avoir à se piquer le bout du doigt pour connaître son taux de sucre dans le sang», indique le jeune homme.

«En plus, l’application me fournit une tendance globale sur ma glycémie de la journée et peut même anticiper les hypoglycémies ou les hyperglycémies avant qu’elles ne surviennent. Cela déclenche une alarme pour me prévenir», explique-t-il. «Je peux aussi partager ces données avec des proches. Je le fais avec ma femme: elle jette un œil à ma glycémie si je ne réponds pas au téléphone, cela la rassure de savoir que je ne fais pas un malaise.»

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Loïc fait partie de cette génération connectée qui utilise facilement ces nouveaux outils «santé» pour gérer une maladie chronique. «En moyenne, je dirais que 20 à 30% de la population atteinte de diabète de type 1, plus jeune et plus technophile, utilise une application mobile pour le diabète», estime Emmanuel Sonnet, endocrinologue au Centre hospitalier universitaire de Brest. «C’est un chiffre en augmentation ces dernières années. Pour le diabète de type 2, dont les patients sont plus âgés et moins connectés, le chiffre est plutôt de l’ordre de 10 à 15%», selon le spécialiste.

Multiples applications

Le témoignage de Loïc n’est qu’une illustration de tous les usages possibles d’une application mobile pour gérer un diabète. «Les applications disponibles sur les boutiques d’Android ou d’Apple sont variées. Elles vont du recueil des glycémies aux conseils nutritionnels, en passant par le calcul de la dose d’insuline ou de l’activité physique journalière à effectuer», détaille Emmanuel Sonnet. «On en dénombre au moins une cinquantaine pour le diabète, c’est une pathologie qui se prête bien à l’usage de ces outils.»

Alors comment faire pour s’y retrouver? Selon le Dr Jean Gabriel Jeannot, spécialiste en médecine interne à Neuchâtel et blogueur médical pour Le Temps, «il faut distinguer les applications non médicales, qui donnent par exemple des conseils de bien-être ou de fitness, de celles véritablement médicales, qui sont là pour aider à la prise en charge d’une pathologie».

Malheureusement, aucun label n’existe à l’heure actuelle pour les distinguer. «Il faudrait définir des critères qui permettraient de déterminer leur validité et leur fiabilité, de savoir aussi où vont les données transmises par le patient et de connaître leurs conditions générales d’utilisation dès l’installation», insiste le spécialiste. «A l’heure actuelle, la majorité des utilisateurs ne sait pas où vont ces données, ni même si ce n’est pas un laboratoire pharmaceutique qui se cache derrière telle ou telle application.»

Pour le Dr Sonnet, le constat est semblable. «Il est difficile de se prononcer sur l’efficacité de telle ou telle application: quelques études scientifiques ont été menées, mais à faible échelle, ce qui limite leur représentativité. Et le nombre de téléchargements n’est pas un indicateur fiable non plus, car il ne garantit en rien l’utilisation effective de l’application!»

Bon sens et soutien médical

Pour déterminer quelle application mobile choisir, la meilleure solution reste encore de se tourner vers son endocrinologue et vers des malades qui utilisent ces outils. «Les professionnels de santé commencent à s’intéresser à ce domaine pour les tester et donner leur avis aux patients, avec un œil critique», indique le Dr Jeannot. Emmanuel Sonnet travaille pour sa part en collaboration avec d’autres endocrinologues pour tester les applications disponibles sur le marché, afin de se faire un avis et les conseiller aux patients. «Avec quelques collègues, nous avons mis en place un petit groupe de travail baptisé «Technologies et thérapeutiques innovantes», qui fait partie de la Société francophone du diabète, pour discuter de ces outils et publier les avancées dans le domaine. Nous encourageons aussi les patients à échanger sur la question en groupe de parole ou via les réseaux sociaux pour se donner des conseils et se partager les meilleures applications.»

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