Les connaissances ancestrales autour des risques de la montagne pourraient être inscrites sur la liste du patrimoine culturel immatériel d’ici l’année prochaine. Trois questions à David Vitali, chef de la section culture et société à l’Office fédéral de la culture:

Le Temps: Pourquoi avoir décidé de présenter ce savoir-faire au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO?

David Vitali: En 2008, le Conseil Fédéral a ratifié la Convention de l’UNESCO pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel. Une commission d’experts a été constituée en 2014, pour établir une liste de savoir-faire suisses susceptibles de figurer au patrimoine culturel immatériel. Parmi eux, la gestion du danger d’avalanches a été retenue.

Cette tradition de gestion des avalanches est un savoir empirique. Depuis des siècles, habitants et montagnards ont développé des stratégies pour se prémunir du danger des avalanches. Les autorités locales, mais également le club alpin suisse, les responsables de sécurité des stations de ski, les guides de montagne ou encore les moniteurs de ski savent où et quand les risques d’avalanches sont les plus forts, selon les conditions météorologiques, par exemple. La gestion du danger s’est également développé grâce à la science moderne, avec par exemple l’institut pour l’étude de la neige et des avalanches SLF à Davos.

– Cette gestion du danger d’avalanche est-elle propre à la Suisse?

– Elle est particulièrement avancée, car nos régions de montagne sont très peuplées, par rapport à d’autres pays. Le phénomène et ses conséquences potentiellement tragiques y constituent donc une préoccupation de premier ordre et une responsabilité collective des communautés.
Notre candidature au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO a été soumise conjointement avec l’Autriche, car nos deux pays ont un réel besoin de gérer les dangers d’avalanches. Cette tradition a une renommée internationale du point de vue de la sécurité, la technique est très développée.

– Quelles sont les chances pour que la gestion du danger d’avalanches soit validée par l’UNESCO?

– Le dossier est bien préparé, et nous sommes confiants, mais il est vrai que cette tradition est un peu différente de ce que l’on considère comme un patrimoine culturel immatériel, même si elle se situe effectivement bien entre la nature et l’être humain. Il s’agit de la troisième tradition que nous présentons à l’UNESCO, après la Fête Vignerons, déjà inscrite sur la liste, et le Carnaval de Bâle qui est encore en examen. Nous sommes très intéressés de savoir si la gestion du danger d’avalanche pourra également en faire partie, et jusqu’où la définition de patrimoine culturel immatériel peut s’étendre.