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Le mot néerlandais «gezellig» est un état d’esprit qui représente la convivialité.
© Matthias Rihs pour Le Temps

émotions méconnues (2/5)

«Gezelligheid»: On n’est pas bien là, ensemble?

D’origine néerlandaise, il exprime le bonheur des moments partagés dans un environnement douillet. Avec des équivalents dans toute l’Europe septentrionale, ce mot n’est pas seulement lié aux hivers rudes qui invitent aux longues soirées au coin du feu

Loin de se limiter à la joie, la tristesse, la surprise et la colère, la palette des émotions humaines comporte un nombre quasi infini de nuances, qui varient selon les cultures et se transforment au cours du temps. «Le Temps» vous fait découvrir cinq émotions en apparence méconnues, mais qui vous paraîtront sans doute familières

Episode 1/5 de notre série "Emotions méconnues": «Amok», quand la rage tue 

C’est sans doute l’un des adjectifs les plus employés aux Pays-Bas. «Le mot gezellig est utilisé toutes les deux phrases!» plaisante Clémence, une trentenaire franco-néerlandaise. Sa traduction en français? «Ce n’est pas facilement traduisible, mais ce serait un mélange de convivial et de chaleureux. Chez les Néerlandais, c’est un état d’esprit, quelque chose de vraiment fondamental dans la société.»

Quelques exemples de situations pour mieux comprendre. Le cliché, pour commencer: ce serait une soirée passée devant la cheminée avec des amis alors que dehors il fait froid, il pleut, il vente. Là, pas de doute, on est en plein gezelligheid. Mais ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. «Faire une soirée jeux, c’est gezellig. Parler des heures avec des copines, c’est gezellig. Prendre un thé avec un proche, c’est gezellig», égraine Clémence.

La jeune femme élargit même l’usage de ce mot à toute situation particulièrement agréable: «S’installer à une grande table en bois, dans un café à la lumière douce et tamisée, et boire un verre tout en lisant le journal», par exemple. Si, à l’origine, ce mot était exclusivement consacré à des moments partagés, il semble donc que son usage se soit petit à petit élargi. Pourtant, si on se réfère à son étymologie, gezel veut dire «compagnon».

Notion centrale du partage

Pierre est lui aussi Franco-Néerlandais. Un souvenir précis de son enfance lui permet d’illustrer le gezelligheid: «Dans ma famille, aux Pays-Bas, il y avait souvent un puzzle en cours d’assemblage. Cela permettait, pendant des vacances ou un week-end, d’avoir toujours des gens différents en train d’y travailler, en échangeant… C’était très gezellig!» Dans cette image, on retrouve bien la notion centrale du partage.

Les deux témoins binationaux se rejoignent pour dire que ce type de situations peut bien sûr exister dans tous les pays, mais que les Néerlandais ont une certaine facilité à partager de bons moments de façon simple, en y associant tout le monde, y compris les enfants. «C’est ce partage très inclusif qui fait que c’est gezellig. Ça ne peut pas l’être si tout le monde ne le ressent pas comme ça», souligne Pierre.

Ainsi, les Néerlandais seraient les pros de la convivialité? En tout cas, ils semblent avoir l’art de l’associer à la spontanéité. Pierre se souvient à quel point c’était compliqué pour sa mère, nouvellement arrivée en France, de rendre la pareille après avoir été invitée à des repas interminables, lors desquels on mettait les petits plats dans les grands. «Aux Pays-Bas, ce n’est pas ce que l’on fait, ni ce que l’on mange, qui est important. C’est le plaisir d’être ensemble.»

Si gezelligheid n’a pas d’équivalent exact dans d’autres langues, il est quand même relativement proche de l’allemand Gemütlichkeit, du hygge danois ou encore du finlandais kodikas. Bref, principalement des pays du nord de l’Europe. Mais l’influence du climat n’est sans doute pas la seule: le vocabulaire est directement lié à l’ensemble de la culture associée à la langue.

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En termes de relations propices à la confiance et au confort psychologique, une autre civilisation, un peu plus exotique, n’est pas en reste: la culture japonaise. Dans la sphère intime, l'amae décrit une relation au sein de laquelle un individu peut compter sur l’amour et l’indulgence inconditionnels de l’autre.

Les relations s’en trouvent certes assez déséquilibrées, avec une personne dépendante affectivement, soumise, et l’autre qui offre une protection, un statut sécurisant. Pourtant, l'amae ne se cantonne pas aux relations entre jeunes enfants et parents: elle est aussi présente au sein des couples, entre maîtres et disciples, médecins et patients… Elle imbibe la société tout entière.

Hormone de la confiance

La psychologie des individus pourrait être modelée par ces contextes culturels. «Le cerveau est fait de la même façon chez tout le monde, mais l’effet de l’environnement est majeur», explique Bernard Sablonnière, professeur de biochimie à la Faculté de médecine de Lille. Les effets de l’ocytocine dans différents contextes, par exemple, sont encore loin d’être tous étudiés.

Cette hormone est connue depuis une trentaine d’années. Après avoir mis en évidence son rôle dans les relations mère-enfant et dans l’intimité des relations amoureuses, les spécialistes ont finalement élargi sa fonction. Cette molécule serait ainsi nécessaire à l’instauration de toute relation de confiance.

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«Ce qui diffère d’un individu à l’autre, c’est l’efficacité plus ou moins prononcée des transporteurs et des récepteurs hormonaux», détaille le biochimiste, qui a publié plusieurs ouvrages de vulgarisation, dont La chimie des sentiments (Odile Jacob) en 2015. L’effet de l’environnement sur ce fonctionnement hormonal n’a pas encore été bien établi, mais l’efficacité de l’ocytocine pourrait être stimulée par les relations de confiance et d’empathie… Un environnement gezellig

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