Fin 2021, le GHB était de nouveau sur les devants de la scène médiatique. Rumeurs et inquiétudes s’élevaient à propos de la circulation dans les milieux festifs de cette drogue psychotrope – stupéfiant aussi appelé «drogue du viol». Ce mercredi, le Centre universitaire romand de médecine légale (CURML) a présenté son rapport d’analyse systématique du GHB dans ses échantillons biologiques de 2021. L’étude confirme que le GHB est consommé en Suisse romande mais beaucoup plus rarement que les autres psychotropes.

Pendant un an, le laboratoire a analysé la présence de GHB dans les 815 échantillons de sang et d’urine reçus avec demande médico-légale de recherche de psychotropes dans l’évaluation de la diminution de la capacité de conduire, dans des cas d’agressions sexuelles ou black-out (oubli complet d’un moment de vie), et dans des agressions physiques et des vols.

Les résultats montrent une concentration non physiologique de GHB dans les prélèvements effectués chez trois hommes sur les 633 cas liés à la circulation routière. «On en conclut que le GHB est consommé en Suisse romande et de manière récréative si l’on suppose que les conducteurs avaient absorbé volontairement le GHB en plus des autres substances que l’on a retrouvées dans les prélèvements», observe Marc Augsburger de l’unité de toxicologie et chimie forensique du CURML.

Par ailleurs, du GHB a été détecté chez un homme, sur les 60 échantillons analysés pour suspicion de soumission chimique (c’est-à-dire une absorption d’un psychotrope à l’insu de la personne), d’agression sexuelle ou de black-out. Cela représente 1,7% des prélèvements. Dans la très grande majorité de ces derniers, d’autres psychotropes ont été détectés. Dans la moitié des 60 échantillons, de l’alcool éthylique était présent, 17% contenaient du cannabis, 20% des benzodiazépines ou des antidépresseurs, 7% des amphétamines.

Lire aussi: Empoisonnements au GHB: «Tout le monde doit se sentir concerné, c’est un problème de société»

«Les quelques études réalisées dans d’autres pays montrent des résultats similaires, commente Marx Augsburger. La situation romande n’est pas très différente.» Ces données internationales remontent cependant à plusieurs années selon le rapport du CURML. Aux Pays-Bas une étude publiée en 2011 a montré que sur 134 cas d’agressions sexuelles, 1,5% des prélèvements contenaient du GHB. Ce chiffre était de 4,1% aux Etats-Unis dans une analyse publiée en 1999.

GHB indétectable après douze heures

Les résultats de l’étude romande sont cependant à prendre avec précaution. Le GHB est rapidement éliminé dans le corps. Dans le sang, il devient indétectable après quatre à six heures, dix à douze heures dans l’urine. Donc si le prélèvement n’est pas effectué dans ces délais, le GHB ne sera plus détectable au laboratoire et il sera impossible d’interpréter un résultat négatif comme une absence de soumission chimique. Or le délai médian de prélèvements pour ces 60 cas était de douze heures. Ce qui veut dire que la moitié des échantillons avaient dépassé la limite de détectabilité du GHB.

«C’est pourquoi on préconise de se rendre en premier lieu aux urgences médicales pour réaliser un test le plus vite possible, précise Pierre-Nicolas Carron, chef des Services des urgences du CHUV. Et nous aussi, nous devons être efficaces pour réduire ce délai.» Le médecin précise qu’en période standard d’activités festives (hors mesures sanitaires dues à la pandémie de COVID-19), les urgences du CHUV reçoivent cinq à six personnes par mois se plaignant de black-out et qui demande parfois qu’une analyse soit faite après évaluation. «Cependant toutes n’aboutiront pas si le ou la patiente change d’avis et retire sa demande», explique Eliane Foucault, infirmière-cheffe des Services des urgences du CHUV. «C’est pourquoi, nous considérons que dans ces situations, le prélèvement doit être conservé une année au cas où la personne change d’avis», ajoute Marc Ausburger.

Lire aussi: Selon un rapport à paraître, le GHB «est utilisé mais reste marginal en Suisse»

Le test de dosage du GHB réalisé par le CURML est peu coûteux, 20 francs, mais il n’est pas disponible au chevet du patient car il nécessite des appareils de laboratoire. Les prélèvements d’urine doivent quant à eux être réalisés au poste de police ou aux urgences médicales pour être reconnus d’un point de vue médico-légal.

En septembre 2019, des employés de l’Administration fédérale des douanes avaient saisi à Aarau en Argovie 800 kilogrammes de gamma-butyrolactone ou GBL – un solvant utilisé dans l’industrie et pouvant être transformé en GHB. L’envoi provenait des Pays-Bas et devait être transporté au Liechtenstein.