Comment faire mieux la prochaine fois? C’est à cette question que sont confrontés aujourd’hui les climatologues, dont la communauté a été durement secouée ces derniers mois par diverses affaires: accusations de musellement de contradicteurs et erreur sur la fonte des glaciers himalayens notamment. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), qui les représente, s’est contenté jusqu’ici de regretter ces errements et de diligenter quelques vérifications. La revue Nature a été plus loin: elle a approché cinq climatologues de renom (qui ont tous de hautes responsabilités au sein du GIEC) pour leur demander de proposer des mesures susceptibles d’améliorer le fonctionnement de l’organisation. Les réponses, publiées ce jeudi, sont décapantes.

Les auteurs

Le Suisse Thomas Stocker, de l’Université de Berne, est le seul à se montrer conservateur. Coprésident du Groupe 1 du GIEC, et donc responsable du volume consacré à la physique du climat dans le prochain rapport de l’organe onusien, il vante longuement les valeurs et les procédures en vigueur. Le seul risque, assure-t-il, est que les règles soient mal appliquées.

Les autres contributeurs défendent des réformes plus ou moins profondes. Le mode de sélection habituel des auteurs les plus importants du rapport, les «auteurs principaux» et les «éditeurs réviseurs», est l’objet d’un tir de barrage. «Actuellement, dénonce l’Américain Jeff Price, directeur de l’adaptation au changement climatique au sein du WWF et auteur principal des troisième (en 2001) et quatrième (en 2007) rapports du GIEC, les auteurs sont choisis pour représenter «une diversité de points de vue, d’expertises, de sexes et de représentations géographiques». Cependant, étant donné l’importance accordée à ces estimations, les postes les plus éminents devraient être occupés par les plus experts d’entre les candidats dans les différents champs d’activité, sans considération d’équilibre.» La compétence avant le profil.

Même souci de la part de son compatriote John R. Christy, de l’Université d’Alabama, à Huntsville, et auteur principal du troisième rapport du GIEC. «Beaucoup de gouvernements ne nomment que des auteurs alignés sur leur ­politique», regrette-t-il, avant d’appeler à un GIEC reflétant «l’hétérogénéité des points de vue scientifiques, honnête courtier plutôt que chambre d’écho».

Les rapports

Les traditionnels rapports du GIEC, publiés tous les cinq ou six ans sous la forme de trois volumes d’un millier de pages chacun, et d’un résumé pour les décideurs, constituent une deuxième cible. «Une nouvelle catégorie de rapports brefs, préparés rapidement et révisés par des pairs, est nécessaire», assure Jeff Price. Et de proposer une revue annuelle de la littérature à destination des décideurs, selon des procédures rappelant celles des grands journaux scientifiques.

John R. Christy formule la même critique mais propose une solution plus audacieuse: une sorte de «Wikipedia du GIEC». Ce site internet comprendrait plusieurs sections spécialisées auxquelles pourraient contribuer les climatologues sous la supervision de plusieurs responsables aux mandats limités à trois ans. «Le résultat, argumente-t-il, serait plus utile qu’un énorme livre occasionnel et représenterait plus honnêtement ce que notre jeune science peut offrir.»

L’organisation

L’existence même du GIEC est remise en question. Le Britannique Mike Hulme, de l’Université d’East Anglia et auteur coordinateur principal du troisième rapport, propose de le dissoudre après la publication de son prochain rapport, en 2014, et de créer sur ses décombres trois organisations: un Global Science Panel, consacré à l’étude physique du changement climatique; des Regional Evaluation Panels, chargés d’étudier l’effet du réchauffement dans leurs parties du monde respectives (il y en aurait entre cinq et dix); et un Policy Analysis Panel, destiné à publier tous les 6 à 12 mois des propositions politiques. Un tel dispositif, explique le climatologue, permettrait d’éviter certaines confusions embarrassantes et de mieux distinguer par exemple connaissances scientifiques et évaluations politiques, climat global et effets locaux du réchauffement.

Dernier invité de la revue Nature, Eduardo Zorita, du Centre de recherche GKSS à Geesthacht en Allemagne, aspire à une organisation «plus forte et plus indépendante que le GIEC». Cet auteur contributeur du quatrième rapport prône la fondation d’une institution, l’International Climate Agency, qui échapperait à la tutelle des gouvernements sur le modèle de l’Agence internationale de l’énergie atomique ou de la Banque centrale européenne. Le processus de création peut commencer tout de suite, assure-t-il, pour s’achever après la publication du cinquième (et dans ce cas dernier) rapport du GIEC.