Le Groupe intergouvernemental d’experts de l’ONU sur l’évolution du climat (GIEC) doit se réformer en profondeur s’il veut être crédible et éviter des erreurs comme celles qui figuraient dans son dernier rapport, concluait lundi une enquête remise à l’ONU (lire LT du 31.08.2010).

Toujours très en pointe sur ce type de sujet, le Guardian, dans son éditorial, ne se prononce pas sur l’opportunité des critiques émises sur les méthodes du GIEC, mais plaide plutôt pour la nécessité de son existence. Car «les nouvelles sont mauvaises, écrit-il. Les choses vont s’aggraver. […] Même si toutes les nations cessaient immédiatement de brûler des combustibles fossiles, les océans de la planète continueraient à se réchauffer, le niveau de la mer continuerait à augmenter, les vagues de chaleur tueraient des milliers de personnes dans les zones tempérées et des dizaines de milliers sous les tropiques.» De fait, «les gouvernements auraient dû prendre des mesures décisives il y a 30 ans.» Alors ce rapport n’y change pas grand-chose. Plus grave est le fait qu’«une action politique – réelle, une action déterminée et concertée – semble encore improbable, alors qu’elle demeure plus urgente que jamais».

Selon la Neue Zürcher Zeitung, les recommandations sont très claires, et pour le Daily Telegraph, «la tape sur les doigts est méritée. Elle aurait dû d’ailleurs provoquer la démission du Dr Pachauri», le président du GIEC. «Que le réchauffement climatique puisse être prouvé par l’homme n’a que peu d’importance», mais il est ­essentiel «de pouvoir garder un esprit ouvert sur de telles questions». D’où cette base indispensable: on doit pouvoir faire confiance aux conclusions du GIEC. Et les structures discréditées doivent être «purgées», de l’avis du Times de Londres. Elles doivent «s’éloigner du militantisme», estime Le Devoir de Montréal. Soigner l’impartialité, selon El País. Remédier au manque de transparence, défaillance la plus souvent relevée par la presse, à l’instar de la Frankfurter Allgemeine Zeitung.

«Lorsque le GIEC est en train de produire une de ses évaluations périodiques des connaissances sur le changement climatique, se moque pour sa part The Economist, il faut voir le spectacle de ses réunions plénières, avec toutes les manœuvres d’intimidation, les grenouillages et les compromis de dernière minute que les aficionados de la politique étrangère imaginent.» C’est pour cela que «le GIEC a, dans une large mesure, raté la révolution d’une «gouvernance» forte, responsable et transparente». Il faudrait ainsi «créer un nouveau comité exécutif en mesure d’agir entre les séances plénières», ce qui rendrait l’organe «beaucoup plus réactif et beaucoup plus communicatif». Le GIEC devrait aussi définir «clairement les critères selon lesquels il sélectionne les scientifiques, son président et son secrétaire exécutif, mieux documenter les mesures prises pour garantir que tous les points de vue scientifiques soient représentés ou au moins pris en compte».

Le site Rue89 critique pour sa part les procédures bureaucratiques de l’institution, désormais «sous pression pour changer d’ère», selon Libération, et résume de manière très didactique les réformes à entreprendre. Car son indépendance ferait souci? questionne le blog «Les hommes libres» de la «Tribune de Genève». «Demander cette réforme en est l’aveu.» Et d’exprimer ses doutes avec force points d’interrogation: «L’influence des présidents est-elle si forte qu’elle bloque la variété des perspectives? Et si cette variété des perspectives n’est pas en vigueur, il y aurait donc une pensée unique au GIEC? Donc une vision unique, une information unique, une Bible, un Coran, des ayatollahs, des maîtres à penser?» Scepticisme, quand tu nous tiens…