Prix Nobel de la paix 2007 et principale autorité scientifique sur le réchauffement, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) traverse une crise de croissance. La grossière erreur que son quatrième rapport a commise sur les glaciers himalayens (censés disparaître en… 2035) et, plus encore, l’inadéquation de ses réponses aux attaques dont il fait l’objet en ce moment montrent qu’il n’a pas, ou plus, les moyens de ses ambitions. Une organisation lâche servie par une nuée de bénévoles était peut-être adaptée à ses débuts, il y a vingt ans. Elle ne l’est plus lorsqu’en son nom il est demandé à la communauté internationale de prendre des risques et de réaliser des sacrifices, comme cela a été le cas en décembre dernier à Copenhague. Revue de lacunes.

Une documentationici et là insuffisante

Le document incriminé, le deuxième volume du quatrième rapport du GIEC, est le plus important pour le commun des mortels, puisqu’il évoque les effets du réchauffement sur l’humanité. Le problème est qu’il prétend le faire de manière exhaustive, alors que les sources d’information manquent cruellement pour certaines régions de la planète. Les responsables de certains chapitres ont dès lors la tentation de miser plus qu’ils ne devraient sur la «littérature grise», à savoir des textes échappant à un contrôle scientifique rigoureux.

«Ce n’est pas la faute du GIEC si nous manquons d’études sur les glaciers de l’Himalaya», remarque Andreas Fischlin, professeur de sciences de l’environnement à l’EPFZ et responsable d’un des chapitres du volume concerné. Certes, mais l’organisation pourrait éviter de parler de ce qu’elle connaît mal. Ou le faire à l’avenir avec une prudence redoublée.

Des chercheurs de valeur inégale

Le GIEC, institution onusienne, regroupe presque tous les Etats du monde et tient à employer à la rédaction de ses rapports des experts de tous les horizons. Tel est tout spécialement le cas pour le deuxième volume qui traite des situations locales. Aux Asiatiques, par exemple, la charge de parler de l’Asie. «La compétence académique n’est pas le seul critère de choix, indique le climatologue français Hervé Le Treut, auteur principal d’un chapitre du premier volume. La provenance géographique en est un autre.»

Or, les niveaux d’expertise varient sensiblement suivant les régions. «Les scientifiques des pays en développement ne disposent pas seulement d’un plus petit nombre d’études que leurs collègues des pays développés, confie Andreas Fischlin. Leurs standards sont aussi moins stricts.»

Une structure minuscule

Le GIEC possède enfin un problème de moyens. Si son influence et donc ses responsabilités ont crû ces dernières années, il reste peu ou prou la structure modeste qu’il était à ses débuts. Les centaines de scientifiques qu’il emploie continuent à œuvrer pour lui à titre bénévole et donc à temps partiel. Même son président, Rajendra Pachauri, possède une seconde activité, la direction d’une société de recherche sur l’environnement à New Delhi.

Autres exemples: son secrétariat, qui regroupe l’essentiel de ses permanents ne compte pas plus d’une… dizaine d’employés, dont trois temporaires. Et son organe dirigeant, l’assemblée générale, ne se réunit qu’une à deux fois par année. Une équipe de responsables, baptisée E-Team, est bien chargée depuis quelques années de répondre aux situations d’urgence. Mais elle n’est jamais qu’un assemblage officieux et approximatif de personnalités à l’agenda surchargé. «Elles se sont beaucoup téléphoné et ont échangé de nombreux e-mails sur la querelle des glaciers himalayens, assure ainsi Brenda Abrar, porte-parole de l’organisation. Mais elles n’ont pas encore eu l’occasion de se réunir formellement à ce propos.»

Une communication minimale

La secrétaire du GIEC, Renate Christ, a, elle, trouvé le temps de réaliser quelques «vérifications» sur l’erreur commise («il ne s’agissait pas d’une enquête à proprement parler», assure Brenda Abrar). C’était à la mi-janvier, suite aux révélations de la presse. Mais elle ne s’est pas sentie autorisée à informer le public de ses découvertes. Ni à annoncer des mesures pour rassurer l’opinion. Son adjoint, Gilles Sommeria, se contentait mardi d’indiquer qu’«un travail de réflexion est en cours». C’est le moins.