Pesticides

Le glyphosate bientôt fixé sur son sort

L’UE décidera les 18-19 mai prochain de prolonger ou pas l’autorisation de cet herbicide que l’Organisation mondiale de la santé voudrait interdire. Le débat est vif aussi en Suisse qui en épand 300 tonnes dans la nature par an

Le sort du glyphosate, un puissant désherbant, sera scellé cette semaine. En Europe et en Suisse où il est largement utilisé dans l’agriculture, l’autorisation de vente arrive à échéance à fin juin 2016. Le Comité permanent de la chaîne alimentaire et de la santé animale, puissant organe décisionnel de l’UE, décidera de la prolongation pour une durée de dix ans les 18 et le 19 mai.

Cet herbicide est produit depuis 1974 par Monsanto, le géant américain de l’agroalimentaire, sous la marque RoundUp et désormais, après que le brevet fut tombé dans le domaine public en 2000, par de nombreux fabricants. Il a accédé à la notoriété dans les années 1980 lorsqu’il était utilisé en Colombie pour détruire les champs de coca.

Le Parlement propose sept ans, la Commission dix

Avec de tels enjeux commerciaux, politiques et environnementaux, autant dire que la décision est très attendue par les fabricants, les pouvoirs publics ainsi que par les organisations écologiques ou encore des consommateurs. Car le produit, très efficace contre les mauvaises herbes comme le chiendent, est contesté.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) demande même son interdiction sur la base d’une étude conduite par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), sis à Lyon. Publiée l’an dernier, elle classe le glyphosate comme un produit «probablement cancérigène pour les humains». Des tests ont montré la formation de plusieurs types de tumeurs sur des animaux exposés à cet herbicide.

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Malgré ces résultats, la Commission européenne a proposé une prolongation de la commercialisation pour une durée de dix ans, après avoir reporté début mars un premier vote concernant une période de quinze ans. Pour justifier sa décision elle s’est notamment appuyée sur un rapport d’expertise de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) classant comme improbable le potentiel cancérigène du glyphosate. Elle est néanmoins favorable à son interdiction sur les places publiques comme des parcs ou des jardins d’enfants.

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Pour sa part, le Parlement européen, dans un vote le 13 avril dernier, a proposé un renouvellement de sept ans seulement. Avec quelques conditions en plus: l’interdiction si d’autres solutions aux mauvaises herbes existent; la transparence par rapport aux publications des études confidentielles et enfin, une nouvelle évaluation indépendante sur les risques potentiels des résidus de glyphosate dans les denrées alimentaires.

La position des pays demeure floue

Le verdict du Comité sur la chaîne alimentaire sera pris à la majorité qualifiée. Les Etats n’ont pas vraiment dévoilé leurs positions. Dans un débat jeudi au sénat français, le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll a déclaré qu’«en l’état, il n’est pas question de renouveler l’autorisation à l’échelle européenne». Discours ambigu dans la mesure où il a aussi fait comprendre que les produits phytosanitaires qui sont sur le marché correspondent aux besoins de l’agriculture en France et dans le monde. «Je ne peux pas interdire le produit chez nous alors que ce n’est pas le cas chez les voisins», a-t-il fait remarquer.

L’Allemagne, l’autre puissance agricole en Europe, pourrait s’abstenir du vote. Une telle posture serait le résultat de la division sur le sujet au sein de la coalition gouvernementale. Le ministre de l’Agriculture et membre de l’Union chrétienne sociale (CSU) Christian Schmidt s’est toujours montré favorable à une prolongation. Il est toutefois contredit par la ministre socio-démocrate Barbara Hendricks en charge de l’Environnement. «Nous avons des preuves que le glyphosate a des effets négatifs sur la nature, a-t-elle dit. Nous devons en tenir compte avant de prendre toute décision.»

Le camp d’opposants à l’herbicide incriminé est renforcé par une lettre adressée aux vingt-huit ministres européens de l’environnement par un collectif d’organisations écologiques et de protection des consommateurs. Les signataires mettent en avant une étude publiée en mars 2016 selon laquelle les résidus de glyphosate ont été détectés dans 99% des 2000 Allemands qui ont subi un test. «Il est donc probable que le risque de cancer sera plus grand en cas de nouvelle autorisation», mettent-ils en garde, bien que l’impact en termes de santé publique soit difficilement évaluable.

La Suisse observe

La Suisse n’est de loin pas étrangère au débat européen. Quelque 300 tonnes de cet herbicide sont épandues dans la nature chaque année. Les CFF en achètent par exemple deux tonnes pour désherber les 3000 kilomètres le long des voies. En février dernier, la Fédération romande des consommateurs (FRC), Greenpeace et l’association Médecins en faveur de l’environnement ont adressé une pétition munie de 25 360 signatures demandant aux autorités fédérales d’agir contre le glyphosate.

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«Nous attendons qu’elles revoient les autorisations octroyées aux herbicides à base de glyphosate, explique Barbara Pfenniger, responsable du dossier Alimentation à la FRC. Dans un premier temps, nous voulons l’interdiction de son application aux places de jeux, les parcs et jardins privés et publics.» Selon elle, la décision européenne attendue cette semaine montrera la voie aux autorités suisses. «Les consommateurs suisses sont aussi directement exposés du fait qu’une bonne partie de notre alimentation est importée de l’UE», relève-t-elle.

Barbara Pfenniger admet qu’il est difficile d’interdire la vente de l’herbicide d’un jour à l’autre. «Nous sommes conscients que ce produit est largement utilisé dans l’agriculture, poursuit-elle. Mais nous voulons un calendrier qui tend vers une interdiction.» Elle fait par ailleurs ressortir que suite à l’étude de l’OMS publiée l’an dernier, Migros et Coop ont enlevé tous les produits à base de glyphosate de leurs rayons.

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