Pour vivre longtemps mieux vaut être légèrement enveloppé que mince! C’est ce que montre une méta-analyse comprenant près de 3 millions de participants. Ainsi, les personnes d’un indice de masse corporelle (IMC)* situé entre 25 et 30 – soit pesant entre 76,8 et 92 kilos pour une taille de 1 m 75 par exemple – voient leur longévité augmentée de 6% par rapport aux personnes plus minces. La constatation n’est pas nouvelle, mais elle peine à s’imposer dans une époque obsédée par la minceur. Les générations précédentes, qui considéraient le surpoids comme un signe de santé, avaient-elles raison? Réponse de Nicolas Rodondi, médecin-chef de la policlinique médicale de l’Inselspital à Berne.

Le Temps: Est-ce que les médecins ont trop stigmatisé le surpoids ces dernières années?

Nicolas Rodondi: Autrefois, on ne prenait en charge médicalement que les personnes très obèses; ensuite, on s’est occupé des patients légèrement obèses, pour en venir à essayer de faire maigrir ceux qui étaient en surpoids. Or, les études convergent pour montrer qu’il n’y a pas de bénéfice à faire rapidement maigrir des patients en léger surpoids. De plus, on sait que quelle que soit la méthode utilisée, le taux d’échec des régimes est de 98% à 5 ans.

– La méta-analyse parue dans le «Journal of American Medical Association» (JAMA) montre qu’un léger surpoids va de pair avec une plus grande longévité, pourquoi?

– Ce travail a le mérite de clarifier une importante controverse et confirme les conclusions d’études précédentes. Il montre que les personnes en surpoids, avec un IMC situé entre 25 et 30, voient leur longévité augmentée. Pour les personnes légèrement obèses, soit avec un IMC entre 30 et 35, les chiffres ne sont pas statistiquement significatifs. Toutefois, la longévité de cette catégorie de patients est en tout cas égale celle des personnes minces (IMC entre 18, 5 et 25). Une des explications plausibles est que l’on dépiste probablement mieux les facteurs de risques cardio-vasculaires et métaboliques chez les personnes en surpoids. L’étude ne le dit pas, mais je pense que beaucoup de ces patients sont traités contre l’hypertension, le diabète ou le cholestérol.

– Est-ce utile d’avoir une «réserve» de graisse en cas de maladie?

– C’est une hypothèse théorique. Au niveau clinique, on sait que la perte de poids représente un risque chez les personnes âgées, les malades chroniques, les personnes fragiles. A partir d’un certain âge, il vaut mieux ne pas maigrir.

– La graisse contient-elle des substances favorisant la longévité?

– Le tissu graisseux n’est pas simplement une matière inerte, c’est un organe endocrinien complexe, il y a de nombreuses recherches en cours dans ce domaine. Ce que l’on connaît bien à ce jour c’est l’importance de la répartition de la graisse dans l’organisme. On sait par exemple que lorsqu’elle est stockée dans la région abdominale, elle augmente le risque de résistance à l’insuline ainsi que le risque cardio-vasculaire.

– Quel est finalement le poids idéal?

– On pense actuellement que l’IMC idéal se situe entre 22 et 25. Soit environ entre 67,5 et 76,5 kilos pour 1 m 75. Certaines études montrent en effet un risque de mortalité augmenté en dessous d’un IMC de 22. C’est d’ailleurs une des limitations de cette méta-analyse, qui inclut dans la catégorie «mince» des personnes d’un poids situé en dessous de cette limite, donc avec un risque accru de mortalité. Cela pourrait avoir un peu embelli les résultats pour les gens avec un surpoids.

– Allez-vous recommander à vos patients de grossir un peu?

– Non. L’étude ne tient pas compte de la morbidité qui va avec le surpoids, comme l’arthrose, le diabète. Elle ne parle que de longévité mais pas de qualité de vie. Par contre, faire absolument maigrir les gens en surpoids est moins utile que de traiter leur cholestérol ou leur hypertension. Le meilleur traitement à ce jour est l’exercice physique quotidien allié à une alimentation de type méditerranéen.

* L’IMC se calcule en divisant le poids en kilos par le carré de la taille, en mètre.