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La Grande Barrière de corail en danger

Fortement dégradé, le joyau naturel australien pourrait se retrouver sur la liste du patrimoine en péril de l’Unesco. Le gouvernement de Canberra est mis en cause pour avoir favorisé le développement industriel à proximité du site

La Grande Barrière de corail en danger

Nature Fortement dégradé, le joyau naturel australien pourrait rejoindre la liste du patrimoine en péril de l’Unesco

Le gouvernement de Canberra est critiqué pour avoir favorisé le développement industriel à proximité du site

La Grande Barrière de corail va-t-elle rejoindre Tombouctou (Mali), Palmyre (Syrie), la forêt de Sumatra (Indonésie) sur la liste du patrimoine en péril de l’Unesco? Si l’agence onusienne continue de la décrire comme «l’un des sites maritimes les plus spectaculaires du monde», elle s’inquiète de sa dégradation. Elle décidera en juin si oui ou non le plus grand récif corallien du monde mérite d’être placé sur cette liste.

La Grande Barrière de corail s’étend sur 2000 km au nord-est de l’Australie; plus de 1500 espèces de poissons y ont été recensées, environ 400 espèces de coraux, près de 240 espèces d’oiseaux. Mais la Grande Barrière, inscrite depuis 1981 au Patrimoine mondial de l’humanité, a perdu plus de la moitié de ses coraux en trente ans et la dégradation se poursuit à vive allure. Des espèces protégées comme les tortues et les dugongs ont décliné à hauteur de 80% dans certaines zones.

L’Australie avait jusqu’à début février pour convaincre l’Unesco de ne pas déclasser son joyau. «Nous avons entendu les préoccupations de l’Unesco, et nous avons agi avec une vigueur renouvelée», affirme le ministre de l’Environnement Greg Hunt, dans une lettre à l’agence onusienne. Une telle décision serait bien sûr dommageable pour l’image du pays: la plupart des sites en péril se trouvent dans des pays en développement, voire dans des zones de guerre. Et la Grande Barrière attire plus de deux millions de touristes par an, rapportant environ 6 milliards de dollars australiens (4,1 milliards d’euros).

Les raisons de la dégradation de la Grande Barrière sont multiples. Le réchauffement climatique provoque le blanchiment des coraux; les cyclones tropicaux, plus nombreux et violents, détruisent le massif corallien. L’agriculture sur la côte rejette en mer des pesticides qui provoquent la prolifération d’une étoile de mer tueuse de coraux. Sans oublier le développement industriel, et notamment le port d’Abbot Point, l’un des plus grands ports du monde pour l’exportation de charbon, situé au sud du récif.

Dans un rapport adressé à l’Unesco fin janvier, Canberra compile ses actions. Parmi les préoccupations de l’agence onusienne, figure le déversement de déchets de dragage. Ces déchets sont produits par l’élargissement des chenaux, mouillages et marinas, en lien avec le développement industriel de la côte. Ils exposent algues et coraux à des polluants. L’Australie s’engage à interdire de tels déversements dans le parc marin de la Grande Barrière de corail. Le pays explique en outre avoir renoncé à «cinq importants projets de dragage qui auraient déversé leurs boues dans le parc naturel maritime».

Par ailleurs, tout nouveau développement de port est exclu dans certaines zones. Un fond de 40 millions de dollars financera des actions pour améliorer la protection des différentes espèces et la qualité de l’eau. Le rapport vante d’ores et déjà une réduction de la quantité de pesticides et d’azote dans l’eau. Au total, l’investissement gouvernemental «est estimé à 2 milliards de dollars pour la décennie à venir». «A la lumière de l’importance des actions engagées […], l’Australie croit fermement que [la Grande Barrière de corail] ne mérite pas d’être placée sur la liste du patrimoine en péril», écrit le ministre de l’Environnement.

Mais pour l’Organisation non gouvernementale WWF, cette revendication est «contredite par les rapports des scientifiques». En août, l’Autorité chargée de la préservation de la Grande Barrière expliquait que «malgré les récentes initiatives, l’état général du site s’est aggravé depuis 2009, et devrait encore se dégrader». L’Australie a fait des progrès, estime le WWF, mais n’a pas encore pris la mesure de la dégradation de ce patrimoine unique. Pour l’ONG, le déversement de déchets du dragage doit être interdit dans l’ensemble de la zone du patrimoine mondial et pas seulement dans le parc marin. Environ 80% des déversements de déchets de dragage sont en effet effectués à l’extérieur du parc, où se trouvent la majorité des îles et des ports. Le WWF demande davantage d’investissements pour améliorer la qualité de l’eau.

Le gouvernement australien, dirigé par le libéral Tony Abbott, est souvent montré du doigt pour sa politique environnementale. Il s’était attiré les foudres des écologistes en qualifiant le changement climatique de «foutaise absolue», puis en déclarant que le charbon était «bon pour l’humanité».

En juillet, il a abrogé la taxe carbone. Puis, lors du G20, qu’il a accueilli en novembre à Brisbane, dans le Queensland, l’Etat où se situe la Grande Barrière, Tony Abbott a tenté, en vain, d’exclure le changement climatique des discussions. Devant des étudiants, Barack Obama s’est au contraire étendu sur le sujet, s’inquiétant des «menaces» pesant sur la Grande Barrière: «Je veux revenir, parce que je ne suis pas allé sur la Grande Barrière de corail, et je veux que mes filles puissent venir, et je veux qu’elles puissent amener leurs filles ou leurs fils.»

Des espèces protégées comme les tortueset les dugongsont décliné de 80%dans certaines zones

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