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«La Grande Barrière de corail telle que nous l’avons connue est en train de disparaître»

De retour d’Australie, le skipper de l’expédition suisse The Ocean Mapping Expedition, Pietro Godenzi, témoigne de la destruction des récifs

Naviguer à bord d’un voilier suisse sur la Grande Barrière de corail australienne: c’est l’aventure vécue par le skipper Pietro Godenzi, dans le cadre de The Ocean Mapping Expedition. Ce projet scientifique et éducatif, porté par la Fondation genevoise Pacifique, consiste en quatre années de tour du monde à bord du voilier Fleur de Passion, dans le sillage de l’explorateur Fernand de Magellan. Tout juste de retour d’Australie, Pietro Godenzi témoigne des ravages qu’il a constatés sur les récifs coralliens.

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Le Temps: Fleur de passion est resté pendant plus de deux mois sur la Grande Barrière de corail. Quels étaient les objectifs de cette étape?

Pietro Godenzi: Outre nos programmes scientifiques habituels, qui portent sur la pollution plastique et sonore des océans, nous nous sommes associés à l’Université australienne du Queensland pour un état des lieux des coraux. L’objectif principal était d’effectuer une cartographie in situ des récifs, pour compléter les informations tirées des images satellitaires. La Grande Barrière est tellement vaste – elle s’étale sur 2300 kilomètres et comprend quelque 3000 récifs – que certaines zones demeurent mal connues, en particulier les plus isolées. Les scientifiques ont pu plonger sur les récifs pour y effectuer différents relevés.

– Quelles impressions rapportez-vous de cette expérience?

– Ce fut une étape très exigeante. Les conditions de mer étaient difficiles, avec des vents forts et de la pluie. Les scientifiques partaient à bord d’un zodiac pour plonger sur les récifs pendant des périodes de 3 à 4 heures. Ils ont été courageux de maintenir leur programme malgré les mauvaises conditions météorologiques. Mais ce qui était le plus dur pour le moral, c’était de constater le blanchiment massif des récifs. La zone que nous avons couverte, au nord de la ville de Cairns, est la plus durement touchée: environ la moitié des coraux y sont morts.

– C’est le réchauffement de l’eau qui explique ce phénomène?

– C’est une des causes principales. Avec l’élévation de la température de l’eau, les algues qui vivent à l’intérieur de la paroi des coraux en sortent. Cela entraîne leur décoloration et un dépérissement. Si les températures redescendent, le phénomène est réversible. Malheureusement, l’épisode de blanchiment commencé en 2016 s’est poursuivi cette année et les scientifiques estiment qu’il est désormais trop tard pour que les coraux se régénèrent.

Nous avons observé des coraux morts qui devaient être âgés d’une centaine d’années. C’est comme assister à l’abattage d’un vénérable chêne! Les scientifiques ont le sentiment que, même si l’écosystème a des capacités pour s’adapter, la Grande Barrière de corail telle que nous l’avons connue est bel et bien en train de disparaître.

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