La Grande-Bretagne a décidé de rester à la pointe de la recherche en génétique, quitte à prendre des décisions uniques au monde et controversées. Après deux jours de débats passionnés et virulents à la Chambre des communes, les députés britanniques ont voté systématiquement en faveur des décisions les plus libérales. Pour l'Eglise catholique, qui a mené la bataille contre cette loi, la défaite est complète.

La décision la plus polémique a été l'autorisation de la recherche sur les embryons hybrides (mi-humain, mi-animaux), une première mondiale. Choqué par l'idée de mélanger les espèces, l'évêque catholique d'Edimbourg, Keith O'Brien, avait parlé «d'une attaque monstrueuse contre les droits de l'homme et la dignité humaine». Pourtant, il n'est pas question de créer des monstres à la Frankenstein. La loi impose aux chercheurs de détruire les embryons au bout de 14 jours, et leur insémination chez une femme ou un animal est interdite. Les scientifiques espèrent améliorer leur compréhension de maladies génétiques, comme Alzheimer ou Parkinson.

Longue tradition poursuivie

Les députés britanniques ont aussi décidé d'autoriser l'insémination artificielle pour les couples de lesbiennes. Ils ont également permis la sélection des embryons quand il s'agit de faire naître un enfant dont les cellules souches pourraient servir de traitement à un frère ou une sœur gravement malade. Autant de pratiques interdites en Suisse.

La Grande-Bretagne poursuit ainsi une longue tradition de recherche dans le domaine de la génétique. C'est dans ce pays qu'est né le premier bébé-éprouvette, il y a maintenant 30 ans. C'est également ici que Dolly, la brebis clonée, a été conçue en 1996.

Toujours dans la même logique d'avance scientifique, le clonage thérapeutique d'embryons humains est autorisé depuis 2001, contrairement aux recommandations des Nations unies. Deux laboratoires ont reçu initialement une licence pour effectuer un tel clonage: l'Institut Roslin d'Edimbourg et le Centre for Life de l'Université de Newcastle, même si le premier a depuis abandonné ses recherches. Au-delà de ces travaux très controversés, la HFEA, l'autorité chargée d'autoriser ces travaux, a accordé trente-quatre licences pour la recherche embryonnaire.

Quel bilan la Grande-Bretagne peut-elle tirer de ces nombreuses études? «J'aimerais bien le savoir, rétorque Josephine Quintavalle, directrice de l'association Comments on reproductive ethics. La HFEA n'a pas publié de bilan. Est-ce que l'argent qui est injecté dans ce secteur est vraiment utile?»

«Il faut du temps, répond le professeur Henry Leese, de l'Université de York. Le premier transfert d'embryon a été réalisé en 1899 sur un lapin, mais la première fécondation in vitro date de 1978.» Ancien membre du HFEA, il estime que les résultats des recherches sont à venir. «Posez-moi la même question dans dix ans.» Mais malgré l'incertitude sur les résultats scientifiques, les députés britanniques ont tranché: la recherche est suffisamment prometteuse - et potentiellement intéressante économiquement - pour accepter de repousser les limites éthiques.