Environnement

Les grands félins au bord du précipice

La prochaine journée mondiale de la protection des espèces sera consacrée aux grands félins. Tigres, lions et autres léopards voient leurs effectifs s’effondrer dans la majeure partie du monde

Mercredi 28 février au matin, la température avoisine les –10 °C au parc zoologique de Berne. Les panthères de Perse qui se prélassent au soleil dans leur cage ne semblent pourtant pas le moins du monde importunés par la température. «Ces animaux peuvent endurer plus de –30 °C dans leur milieu naturel, les montagnes iraniennes, souligne Bernd Schildger, le directeur du parc. Pour eux, il fait à peine frais aujourd’hui.»

Malgré leur robustesse, ces majestueux prédateurs sont très menacés: entre 30 et 100 individus seulement subsisteraient à l’état sauvage. Une situation qui reflète celle de la majorité des 40 espèces de félins, dont les effectifs sont en fort recul à travers le monde. Au cours d’une conférence de presse, l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) a alerté sur le sort de ces animaux, auxquels sera consacrée la prochaine journée mondiale de la protection des espèces, samedi 3 mars.

Les tigres, très précaires

«Presque toutes les espèces de grands félins sont en danger, à de rares exceptions près, comme le lynx américain», indique Mathias Lörtscher, spécialiste de la conservation des animaux à l’OSAV. Le statut des tigres est ainsi particulièrement précaire, avec une réduction de leurs populations de 95% au cours du siècle passé, malgré des succès remportés dans leur protection en Inde.

La principale menace qui pèse sur les grands félins est celle de la disparition de leur habitat, du fait de la compétition avec les activités humaines

Urs Breitenmoser, spécialiste des félins à l’UICN

Le lion se trouve aussi en mauvaise posture, 40% de ses effectifs ayant disparu durant les vingt dernières années. «Il y a eu des pertes énormes en Afrique de l’Ouest, centrale et de l’Est, mais la situation est plus positive dans le sud du continent», souligne Urs Breitenmoser, spécialiste des félins à l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), l’organisation internationale basée à Gland qui établit les fameuses listes rouges des espèces menacées.

«On pensait que les léopards se portaient relativement bien mais les études les plus récentes indiquent que ce n’est pas le cas», poursuit Urs Breitenmoser, qui précise que guépards et jaguars font aussi l’objet d’inquiétudes. «La principale menace qui pèse sur les grands félins est celle de la disparition de leur habitat, du fait de la compétition avec les activités humaines», relève le spécialiste. La réduction du nombre de leurs proies représente souvent une difficulté additionnelle.

Lynx bien installé en Suisse

Enfin, nombre de grands félins font l’objet de braconnage et parfois de commerce illégal. «Le plus souvent, c’est pour leur peau, mais en Asie il existe aussi une demande pour des parties de leur corps utilisées en médecine traditionnelle, par exemple les griffes, les dents ou encore les intestins», explique Mathias Lörstscher. Le biologiste est depuis l’année dernière le président du Comité pour les animaux de la Cites, ou Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction. Cette convention interdit toute forme de commerce pour la plupart des grands félins. Mais pas le lion! «Il est possible de chasser cet animal de manière durable, cela peut même concourir à sa préservation, en apportant des revenus aux populations locales», justifie Mathias Lörstscher.

Dans ce tableau bien sombre, l’histoire de la réintroduction du lynx en Suisse apparaît comme une success-story. Bien qu’il n’ait pas toujours bonne réputation, en raison d’attaques ponctuelles contre des animaux de rente, le lynx boréal est aujourd’hui établi sur le territoire helvétique de manière stable, avec quelque 300 individus. «L’espèce demeure cependant menacée au niveau européen et notre pays joue un rôle particulier dans sa préservation. Nous sommes ainsi engagés dans des projets de réintroduction avec les pays voisins», relate Reinhard Schnidrig, chef de la section Faune sauvage et biodiversité en forêt à l’Office fédéral de l’environnement.

Cet exemple est source d’espoir pour Urs Breitenmoser: «L’histoire montre qu’il est possible pour l’être humain de cohabiter avec des grands prédateurs lorsqu’il existe une volonté politique en ce sens.» La protection des grands félins apparaît d’autant plus pertinente qu’elle contribue à celle des autres espèces, moins emblématiques, qui partagent le même habitat.

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