Les guêpes s’invitent en nombre dans l’été

Insectes Les hyménoptères semblent particulièrement nombreux et agressifs cette année

Des conseils pour partager le jardin avec eux

Difficile ces jours-ci de prendre un repas en plein air sans qu’une guêpe ne vienne vrombir autour de la nourriture. Si les mois de juillet-août sont classiquement ceux où l’on rencontre le plus ces hyménoptères, ceux-ci semblent particulièrement nombreux et agressifs cet été. Plusieurs accidents mortels impliquant des guêpes se sont ainsi déroulés ces dernières semaines en France, notamment à Auxange dans le Jura, où un homme d’une quarantaine d’années est décédé après avoir essayé de déloger un nid proche de son logement. Mieux connaître l’insecte permet cependant de limiter les risques.

Guêpe, qui es-tu?

Le nom «guêpe» est donné à différents insectes appartenant au vaste ordre des hyménoptères. Reconnaissables à leur corps fin et à leur abdomen strié jaune et noir, les guêpes sont toutes porteuses d’un dard. «Il s’agit en fait de leur organe de chasse, qui leur permet d’attraper d’autres insectes pour se nourrir. Mais les guêpes piquent aussi pour se défendre», explique Anne Freitag, conservatrice au Musée cantonal de zoologie de Lausanne et présidente de la Société vaudoise d’entomologie.

Il existe une vingtaine d’espèces de guêpes en Suisse; la guêpe commune et la guêpe germanique font partie des plus courantes. Quant au frelon, c’est un hyménoptère de grosse taille, qui peut délivrer une importante quantité de venin. «Mais il est plutôt placide et pique rarement», note Anne Freitag. Enfin, les piqûres des abeilles et des bourdons peuvent aussi entraîner des allergies. Contrairement à l’abeille, la guêpe peut piquer plusieurs fois, car elle conserve son dard.

2015, année à guêpes?

Il n’existe pas de statistique permettant de savoir s’il y a effectivement plus de guêpes cet été que d’habitude. Mais certains spécialistes de la désinsectisation témoignent d’un nombre accru d’interventions: «Je reçois deux fois plus d’appels pour venir ôter des nids que l’année passée à la même époque», raconte Jean-Jacques Fawer, qui possède une entreprise de désinfestation basée à Prilly. De son côté, l’adjudant Pascal Desjacques, spécialiste des hyménoptères au Service d’incendie et de secours de la Ville de Genève, n’a pas noté pour l’heure d’augmentation de la demande. «Mais nous nous attendons à ce que les nids de guêpes soient nombreux et de grosse taille cet été, en raison des conditions météorologiques favorables de ces dernières semaines», précise-t-il. «Quand il fait beau au début de la belle saison, les guêpes trouvent facilement de la nourriture pour leurs larves, les nids grossissent donc plus vite», complète Anne Freitag.

Pourquoi tant de haine?

On les dit volontiers agressives, mais les guêpes ne ciblent jamais l’être humain sans raison. Mieux vaut toutefois garder ses distances avec leurs nids, car les ouvrières sont programmées pour défendre les larves, et le font dès qu’elles identifient un intrus. Et cela bien souvent en s’y mettant à plusieurs, car une guêpe en alerte émet des phéromones qui mobilisent ses congénères. Quand on sait qu’un nid peut abriter plusieurs centaines voire milliers d’individus, il y a de quoi craindre la riposte…

A distance des nids, et notamment autour des tables où elles sont attirées par la viande et les aliments sucrés, les guêpes ne piquent que si elles se sentent menacées. C’est pourquoi il faut éviter – dans la mesure du possible – de faire des gestes brusques à leur approche. Il est aussi préférable de vérifier sa boisson avant de l’avaler et son siège avant de s’y asseoir. Vous pouvez tenter d’éloigner les guêpes de vos assiettes en plaçant à distance un récipient contenant une boisson sucrée. Mais il est possible que certaines d’entre elles préfèrent votre compagnie à ce piège…

Quel est le danger?

Douloureuse, la piqûre de guêpe peut entraîner des réactions graves chez les personnes sensibles. Quels sont les signes qui doivent inquiéter? «Si en quelques minutes des gonflements apparaissent à d’autres endroits que celui de la piqûre, notamment au niveau de la langue ou du pharynx, et que des symptômes tels que des picotements ou de l’asthme surviennent, il faut se rendre à l’hôpital en urgence», explique François Spertini, médecin-chef au Service d’immunologie et d’allergie du CHUV de Lausanne. Sans prise en charge médicale, ce type de réactions allergiques peut mener à la mort.

Dans la plupart des cas cependant, la piqûre sera sans conséquences. «Un gonflement qui survient au niveau de la piqûre et qui progresse lentement, sur plusieurs heures ou jours, n’est normalement pas dangereux, même s’il prend des proportions impressionnantes», indique François Spertini. Pour désenfler au plus vite, le plus efficace est d’apposer de la glace à l’endroit de la piqûre.

En Suisse, on estime que 2 à 4% de la population est exposée au risque de faire une réaction allergique sévère au venin d’hyménoptères. Quatre personnes en moyenne décèdent d’ailleurs chaque été des suites d’une ou plusieurs piqûres. Les réactions les plus graves ne se produisent qu’après des expositions répétées au venin. Mais il peut arriver qu’on ait été piqué dans son enfance et qu’on ne s’en souvienne pas… Une nouvelle piqûre à l’âge adulte pourra alors occasionner une réaction sévère.

Que faire face à un nid?

Selon les espèces, les nids de guêpes peuvent se situer dans les arbres, dans le sol ou encore dans des anfractuosités accueillantes… combles ou caissons de store par exemple! Il ne faut en aucun cas essayer de s’en débarrasser par soi-même: c’est trop dangereux. Récemment, un homme a d’ail­leurs été reconnu coupable d’homicide par négligence par le Tribunal de police de Genève pour être intervenu sans précaution sur un nid de guêpes. Les insectes étaient sortis du nid et avaient piqué un voisin sur son balcon, entraînant sa mort.

Si vous souhaitez vous débarrasser d’un nid, mieux vaut donc passer par une entreprise privée de désinfestation. Les locataires peuvent s’adresser à leur régie, qui prendra en charge les frais liés à l’intervention. Les pompiers n’interviennent normalement que pour les nids situés auprès d’établissements publics: crèches, écoles, EMS, etc. Si le nid est situé à bonne distance des logements et ne représente pas une menace directe, on peut aussi décider de le laisser en paix. «Il va de toute façon se vider par lui-même en septembre et ne sera pas réutilisé l’année suivante», plaide Anne Freitag. Les guêpes ont par ailleurs l’avantage d’être de grandes chasseuses, qui débarrasseront votre jardin de milliers de mouches et moucherons.