Face à des doses limitées, la vaccination est encore réservée, on le sait, aux personnes atteintes de maladies chroniques présentant le plus fort risque de développer une forme grave du Covid-19, aux plus de 75 ans ou encore au personnel de santé. Mais quelle sera la stratégie adoptée lorsque la vaccination sera ouverte à toute la population, et plus spécifiquement vis-à-vis des individus ayant déjà contracté la maladie? A quel moment ces dernières devront-elles se faire vacciner, et avec combien d’injections?

Si l’avis des autorités suisses sur la question se fait encore attendre, la Haute autorité de santé française s’est, quant à elle, déjà prononcée par le biais de recommandations mises en ligne à la mi-février. Pour les personnes avec des antécédents de Covid-19, cette dernière conseille ainsi d’attendre trois mois minimum, idéalement de se rapprocher des six mois (les données récentes de la littérature ayant montré que l’immunité naturelle pouvait perdurer jusqu’à huit mois), et de n’utiliser qu’une seule dose de vaccin.

«Les données préliminaires suggèrent qu’une dose est suffisante pour obtenir une augmentation forte de la réponse immunitaire, explique le professeur Giuseppe Pantaleo, médecin-chef de la division d’Immunologie et d’allergie du Centre hospitalier universitaire vaudois à Lausanne. Il est toutefois nécessaire de confirmer cette observation sur un nombre de sujets plus important.»

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Deux études très récentes publiées dans la revue JAMA et dans le New England Journal of Medicine (NEJM), et conduites par des équipes américaines sur respectivement une cinquantaine et une centaine de participants ayant été vaccinés avec les vaccins à ARN messager de Pfizer/BioNTech ou de Moderna, semblent en effet démontrer que les personnes ayant eu précédemment une infection au Covid-19 – de manière symptomatique ou non – avaient des réponses immunitaires plus élevées avec une dose unique de vaccin comparé à celles n’ayant pas été infectées par le SARS-CoV-2.

Réponse 10 à 45 fois plus élevée

«Un échantillonnage répété après l’injection de la première dose de vaccin indique que la majorité des participants séronégatifs avaient des titres d’anticorps spécifiques au SARS-CoV-2 variables et relativement faibles dans les 9 à 12 jours, écrivent les auteurs de la recherche parue le 10 mars dans le NEJM. En revanche, les participants qui présentaient déjà des anticorps anti-SARS-CoV-2 avant la première injection ont rapidement développé des titres d’anticorps uniformes et élevés dans les jours suivant la vaccination. Ceux-ci étaient 10 à 45 fois plus importants que chez les personnes sans immunité préexistante.»

Les titres d’anticorps des sujets séronégatifs avant la vaccination ont toutefois augmenté d’un facteur trois après la seconde dose, venant ainsi rejoindre – quoique de manière un peu moins importante – ceux retrouvés chez les personnes immunisées au préalable. Fait intéressant: aucune augmentation notable ne semble avoir été observée dans la réponse immunitaire des individus séropositifs au SARS-CoV-2 après la seconde dose de vaccin en comparaison de celle obtenue 13 à 16 jours après la première dose. «Des études de suivi, qui sont en cours, montreront si ces différences se maintiennent sur une période de temps prolongée», signalent les chercheurs.

«Pour les personnes à risques ou âgées, les recommandations sont toujours, pour les vaccins à ARN messager, d’effectuer deux doses à des intervalles de quatre, maximum six semaines, analyse Alessandro Diana, médecin et expert à Infovac, la plateforme d’information sur les vaccinations en Suisse. Il n’est néanmoins pas exclu que la Suisse recommande également, à l’avenir, de n’administrer qu’une dose aux personnes de moins de 65 ans, sans facteur de risque et ayant déjà fait une infection, compte tenu des données qui tendent à s’accumuler dans ce sens. Pour ces dernières, le vaccin agira alors comme un rappel d’immunité.»