Innovation

Les «hackerspaces» romands paient cher leur indépendance

La scène romande de la bidouille high-tech était rassemblée au festival LemanMake le week-end dernier. L’indépendance était au cœur des discussions

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Une quarantaine d’ateliers communautaires se sont regroupés à Renens (VD) les 29 et 30 septembre pour la deuxième édition du festival LemanMake. Bornes d’arcade, drones, microscopes électroniques: des stands sont couverts de machines et de matériel en tout genre, tandis que des ateliers permettent aux visiteurs de construire une mini-console de jeux, un microscope en origami ou encore un bras robot.

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Objets utiles, artistiques, gadgets? La frontière est floue. Mais plus que les objets, la finalité est l’apprentissage et le partage. «Je suis devenue membre de Hackuarium à 15 ans, sans aucune expérience», raconte Océane Patiny. Le résultat? Des dizaines d’objets créés et documentés pour permettre à d’autres de les répliquer; et le choix de se lancer dans des études de microtechnique à l’EPFL.

Hacker, c’est «améliorer, transformer des objets, les détourner de leur but premier», rappelle Sébastien Chassot, membre du hackerspace genevois Post Tenebras Lab. Les hackerspaces sont en général des associations indépendantes avec une éthique hacker – partage des connaissances, partage du code informatique et des schémas de construction sous licence libre – tandis que les fablabs (laboratoires de fabrication) sont le plus souvent rattachés à une université ou à une haute école.

«Hackerspace» en sursis

Au Hackuarium, le hacking (comprendre: bidouillage) a une visée scientifique. «C’est un lieu transdisciplinaire. Des biologistes, des designers, des musiciens travaillent ensemble», précise Rachel Aronoff, biologiste et présidente de l’association. Pour casser les cloisons entre disciplines, le labo a notamment créé des «instruments vivants» fonctionnant avec des micro-organismes. Il développe aussi des instruments de mesure de la pollution des eaux et de monitorage d’abeilles. «Plus on peut démocratiser la science, mieux c’est pour notre société», souligne Rachel Aronoff.

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Cependant cette communauté est en sursis. Après avoir bénéficié de conditions exceptionnelles – des locaux gratuits durant quatre ans –, elle verra son loyer passer à 2300 francs par mois. Réunis en assemblée générale le 12 septembre, les membres de l’association ont décidé de quitter les lieux, sans savoir encore où atterrir.

Peu de poids auprès des gérances

C’est que pour un laboratoire communautaire, trouver un espace spacieux, central et bon marché est un casse-tête. «En général, le bailleur d’un local industriel demande 6 mois de garantie. Et une petite association a peu de poids auprès d’une gérance», relève Jean-Baptiste Aubort, du hackerspace vaudois FixMe, fondé en 2010 à Lausanne.

Au dos de son t-shirt, le mot do-ocracy en majuscules rappelle une règle des hackerspaces: chacun s’attribue des tâches et endosse leur responsabilité. «Notre but est de ne pas être élitistes, contrairement à un milieu académique ou professionnel. Toute personne intéressée est la bienvenue.»

FixMe en est à son troisième local. Elle s’est associée au FabLab Renens pour partager une surface de 117 m2 coûtant 2150 francs par mois. Conséquence financière: les membres actifs – qui disposent d’une clé et ont accès au local en tout temps – paient 32 francs par mois. «A noter que cette cotisation a été de 120 francs par mois pendant de longues années, et que certains paient encore ce montant ou plus», précise Jean-Baptiste Aubort.

Faute de locaux, le hackerspace genevois Post Tenebras Lab a même commencé en sous-main pendant deux ans avant de trouver un espace en sous-sol en 2011. La cinquantaine de membres paie cher son indépendance: la cotisation est de 100 francs par mois (20 francs sans accès permanent). Elle permet de couvrir des frais mensuels de 1500 francs, dont 700 de loyer. «Nous payons tout et nous ne devons rien à personne», résume Sébastien Chassot, ingénieur en informatique et membre du hackerspace.

«Les geeks ne vont pas dans les «fablabs»

«Dans l’esprit hacker, ne rien devoir à personne est fondamental. Les fablabs se positionnent autrement par rapport à la société: ce sont plutôt une annexe de la bibliothèque, du musée ou de l’école. Les geeks ne vont pas dans des fablabs, mais dans des hackerspaces ou makerspaces», affirme-t-il malicieusement – lui-même s’occupe du FabLab Renens, le colocataire de FixMe.

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