Après avoir dévasté les Philippines, où il pourrait avoir causé plus de 10 000 morts, le typhon Haiyan a balayé lundi le Vietnam, avec des vents soufflant à plus de 120 km/h, malgré son affaiblissement. Lundi aussi s’est ouverte à Varsovie, en Pologne, la 19e Conférence de l’ONU sur le changement climatique, réunion à laquelle participent 190 nations, qui vont tenter de se mettre d’accord sur les actions à entreprendre pour lutter contre les changements climatiques.

«Nous nous rassemblons avec, sur nos épaules, le poids de nombreuses réalités qui donnent à réfléchir», comme «l’impact dévastateur du typhon Haiyan», a déclaré la «responsable climat» de l’ONU, Christiana Figueres, devant les délégations du monde entier. Les études suggèrent que les événements extrêmes, tels que les typhons, pourraient se multiplier à l’avenir. Encore que: le lien entre ces phénomènes et les changements climatiques est toujours débattu parmi les scientifiques.

Typhon, ouragan ou cyclone tropical: ces termes variés sont employés dans diverses régions du monde pour désigner le même phénomène, un événement météorologique caractérisé par des pluies torrentielles et un vent soutenu d’une vitesse maximale supérieure à 120 km/h. Avec des vents soufflant à plus de 360 km/h, Haiyan a battu tous les records: il s’agit du plus puissant des cyclones ayant touché terre qui ait été mesuré à ce jour. En tout cas depuis l’avènement, dans les années 1970, de la météo moderne, avec l’emploi de mesures satellitaires.

Ce type de phénomènes climatiques est-il plus fréquent que par le passé? Difficile à dire. Les données rassemblées dans le rapport SREX sur les événements extrêmes du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), publié en 2012, ne montrent pas clairement d’augmentation de la fréquence des cyclones à l’échelle planétaire au cours des 40 dernières années, période pourtant bien documentée et pour laquelle le réchauffement climatique est établi.

Les projections d’avenir font également débat chez les scientifiques. Le même rapport du GIEC conclut à une «probable diminution ou au maintien de la fréquence des cyclones tropicaux» dans le futur, mais aussi à une «probable augmentation des vitesses moyennes des vents et des précipitations extrêmes associées aux cyclones tropicaux». Autrement dit, il pourrait y avoir à l’avenir moins de cyclones… mais des événements plus violents. Le rapport précise de plus que ces projections n’ont qu’un niveau de confiance «bas».

Si les scientifiques ont tant de mal à concevoir l’évolution future des cyclones, c’est d’abord en raison des informations limitées dont ils disposent: «La quantité et la qualité des données météorologiques sont très variables selon l’époque et la zone géographique considérées, ce qui rend les observations difficiles à interpréter», explique Kevin Trenberth, climatologue au Centre national américain de la recherche climatique (NCAR).

De plus, les typhons sont difficiles à modéliser en raison de leur complexité. Ces phénomènes se produisent dans des zones océaniques où coïncident basse pression et haute température des eaux de surface. Mais la force des vents et l’humidité de l’air, ainsi que d’autres paramètres encore, entrent également en jeu. «On sait cependant que la structure des températures dans l’atmosphère est en train de changer, d’une manière défavorable à la formation de cyclones», indique Pascal Peduzzi, chef de l’Unité de changement global et vulnérabilité au Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE). C’est ce qui explique que la fréquence de ces événements pourrait diminuer.

Quant à l’accroissement prévu de leur puissance, il serait dû en partie à l’augmentation de la température des océans. Les experts du GIEC estiment en effet que dans les océans, les 75 mètres d’eau les plus proches de la surface se sont en moyenne réchauffés de 0,1°C par décennie depuis les années 1970. «Or la température de surface de l’eau constitue le carburant des cyclones: plus elle est élevée, plus les vents et précipitations sont forts, à cause du gradient accru de température dans l’atmosphère et de la circulation des masses d’air. Intuitivement, les mécanismes physiques à l’œuvre pendant les cyclones suggèrent qu’ils vont devenir plus forts avec le réchauffement», précise Matthias Münnich, du groupe de physique de l’environnement à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich.

Un autre phénomène lié aux changements climatiques pourrait accroître la dangerosité des cyclones: l’élévation du niveau des océans. Si la mer est située à un niveau plus élevé, la houle va logiquement pénétrer plus à l’intérieur des terres. «Globalement, on prévoit une augmentation du risque lié aux cyclones au niveau mondial, affirme Pascal Peduzzi. Celle-ci est liée non seulement aux changements climatiques mais surtout à l’accroissement de la population, particulièrement forte à proximité des côtes.»

Haiyan préfigure-t-il les cyclones du futur? «On peut clairement mettre en lien la violence de ce typhon avec les changements climatiques, assène Kevin Trenberth. En effet, autant le niveau de la mer que celui des températures de l’océan ont fortement progressé ces dernières années dans la région des Philippines, ce qui en a fait une zone à fort risque.» Plus mesuré, Matthias Münnich estime que ce cas précis pourrait relever de la variabilité naturelle, et qu’il est en tout cas impossible de tirer de conclusions à partir d’un événement météorologique isolé.

Le dernier «résumé pour décideurs» du GIEC, rendu public en septembre, estime de son côté que les précipitations extrêmes devraient «très probablement» devenir plus intenses et fréquentes d’ici à la fin du siècle.

Les typhons sont difficiles à modéliser en raison de leur complexité