Médecine

Harcèlement: «La testostérone n’explique pas tout»

Quel rôle jouent vraiment les androgènes, hormones que l’on associe régulièrement à la virilité et à la puissance sexuelle, dans les comportements masculins? Le point avec François Pralong, médecin chef du Centre d’Endocrinologie, diabétologie et obésité à l’Hôpital de la Tour, à Genève

«N’en déplaise à beaucoup, les hormones imposent des comportements différents. Les femmes qui le comprennent abordent les hommes avec moins de peur et plus de bienveillance.» En pleine affaire Yannick Buttet, l’avocate Anne Reiser se positionnait quelque peu à contre-courant, lors d’une interview accordée au Temps, fin novembre.

Alors en quoi les androgènes font-ils le mâle? Régulièrement qualifiée d’hormone de la virilité, de par son importance dans la prise de masse musculaire et la fonction érectile, la testostérone peut-elle être au centre de comportements déplacés? Explications de François Pralong, médecin chef du Centre d’Endocrinologie, diabétologie et obésité à l’Hôpital de la Tour, à Genève.

Le Temps: Dans quelle mesure la testostérone peut-elle affecter les comportements masculins?

François Pralong: La testostérone a de fortes influences sur le comportement tant des hommes que des femmes, qui en produisent dans une moindre mesure. Elle est, par exemple, un puissant stimulant de la libido masculine et féminine. Il a par ailleurs également été démontré qu’elle favorisait les attitudes plus agressives.

Lire aussi: Comment la testostérone vient aux hommes (et aux femmes aussi)

Il faut toutefois se méfier des raccourcis. La testostérone peut certes moduler des comportements, mais elle ne va pas les induire, encore moins les expliquer. Bien qu’il ne faille pas sous-estimer leur puissance, nous ne sommes pas réduits à des hormones. Nous sommes également dotés d’un cortex préfrontal, capable de juguler les émotions ou nos pulsions. Sans compter le poids de l’éducation ou les barrières sociales qui interviennent aussi, mais peuvent parfois tomber sous l’effet de l’alcool.

Vous avez également participé à une étude ayant démontré que les personnes présentant des taux plus élevés de testostérone étaient plus facilement corruptibles.

C’est exact. Et cela était valable autant pour les hommes que pour les femmes. Encore une fois, il ne s’agit pas d’une relation de cause à effet absolue, mais la testostérone augmente les facteurs de risques.

Certaines personnes sont-elles plus sensibles aux effets de la testostérone?

C’est une hypothèse. Certains individus seraient génétiquement déterminés à être extrêmement sensibles à la testostérone, hormone pour laquelle nous possédons des récepteurs dans différentes zones du cerveau, dont le cortex.

Par ailleurs, il faut également savoir que les taux de testostérone varient en fonction des personnes. Certaines sont plus imprégnées que d’autres naturellement, ce qui pourrait favoriser des comportements plus agressifs ou dominants. Mais encore une fois, il faut rester très prudent avec de telles relations de causalité.

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